Le Parti Ecologique Ivoirien



Milieu rural : LE TIC POUR DEVELOPPER LA PRODUCTION DU CHAMPIGNON COMESTIBLE



- Par Fraternité Matin
 


Distant d’à peine 40 Km d’Abengourou, capitale de la région du Moyen-Comoé, le pays rural de Tahakro, dans la sous-préfecture d’Amélékia, souffre cruellement de son enclavement.

La localité, forte de près de 10.000 mille âmes, ne bénéficie pas encore de l’électrification rurale ainsi que de l’adduction d’eau potable.

Une situation qui n’est pas sans conséquence sur le développement des activités génératrices de revenus, surtout pour la population féminine et les jeunes déscolarisés.

C’est dans un campement de cette localité, Konan Konankro, que se sont retrouvés pour la énième fois dans une soirée de juin les femmes et les jeunes de cette bourgade et des campements environnants.

Ils sont venus suivre une séance de projection de film sous l’arbre à palabres aménagé pour la circonstance.

Pour l’occasion, l’un des fils de la région et cadre dans une grande société agro-industrielle de la place , M. Ernest Koffi, ingénieur agronome, a mis à la disposition de la population son générateur d’électricité. Qui alimente sa maison de campagne, sa télévision grand écran et son appareil de projection DVD.

Le film était un documentaire ayant trait aux procédés de la culture et à la transformation des champignons comestibles.

Le film était gravé sur un compact disque (CD) que M. Koffi a apporté de la capitale économique ivoirienne, Abidjan.

À la vérité, M. Koffi qui a introduit cette activité à forte potentialité financière dans la région à l’intention des femmes productrices de champignons comestibles et des jeunes paysans, est venu montrer ce jour-là, à travers des images, l’expérience d’une coopérative de femmes d’une autre région du pays, exerçant dans le même secteur.

Il n’a pas du tout été facile de mettre sur pied ce projet dont il s’est inspiré au Bénin où il était en mission il y a quelques années.

« En tout cas, face à la misère grandissante des femmes et des jeunes déscolarisés de mon village, j’ai décidé d’introduire cette nouvelle culture afin de permettre à cette frange importante de la population de notre campement d’être indépendante financièrement », indique-t-il.

Mais comment expliquer cette nouvelle activité à une population qui ne sait ni lire ni écrire et de surcroît vit dans un environnement totalement dépourvu de commodités nécessaires que sont l’électricité et l’adduction d’eau potable?

M. Ernest Koffi va mettre au point avec des cadres de la région et des amis, une stratégie d’approche basée sur l’utilisation des TIC.

En effet, ils ont décidé d’enseigner la culture du champignon comestible aux villageois à partir des supports compact disque sur lesquels sont gravées les différentes étapes et les techniques de productions.

« Comme je sais que mes parents sont composés en majorité d’analphabètes, j’ai demandé à un ami travaillant dans le secteur de l’audio-visuel de me trouver des cassettes filmées des différentes étapes de la production du champignon comestibles » Révèle-t-il.

Le matériel de projection acquis, il fallait passer à la phase pratique. Qui a consisté dans un premier temps à donner des cours théoriques aux populations. Avant d’aller pour la phase pratique sur le terrain.

Le hic, c’est que tous les commentaires sur les Cd de projection étaient en français. Alors que presque la quasi-totalité des personnes participantes à cette expérience ne parle pas un seul mot de français.

« Il a fallu faire tomber ce premier obstacle. Ainsi on a récupéré les films en version VHS traduire les commentaires dans la langue locale Agni et gravé ses supports Cd de nouveau.

Aussi a-t-on récupéré les films en version VHS que nous avons pris le temps de traduire », explique Koisan Alfred, un ami d’Ernest Koffi.

Ainsi après ces séances régulières de projections des techniques culturales de champignons comestibles, les cultivateurs ont maîtrisé les différentes étapes de production.

L’assistant du développement rural de la structure nationale qui encadre les paysans voit désormais sa tâche simplifiée.

C’est que du fait de l’enclavement de la localité, il s’y rend de façon sporadique et n’a donc pas le temps nécessaire de suivre les travaux des paysans.

En fait, avec l’état de la route très dégradée et coupée par endroits, il est très difficile de joindre le pays rural de Tahakro.

« Pour une quarantaine de kilomètres à parcourir de la capitale régionale, Abengourou à ce lieu, il faut mettre au moins 3 h de temps, surtout en saison des pluies.

Ainsi, quand vous y arrivez, vous êtes préoccupés par l’état de votre véhicule ou votre mobylette et le retour », explique l’assistant du développent rural, M. Godé Florient.

Il se réjouit des actions des fils de la région qui ont facilité son travail en faisant la sensibilisation et le suivi des travaux grâce aux TIC.

« Aujourd’hui quand j’arrive, je ne fais qu’inspecter le travail fait sur le terrain. Je ne sens plus trop mon utilité. Ils ont une parfaite maîtrise du sujet », avoue M. Godé.

En réalité, en plus de l’utilisation des supports CD comme moyens didactiques de présentation et de mise en oeuvre du projet de culture du champignon comestible, il s’entretient assez régulièrement avec ses parents sur le projet par le téléphone cellulaire accessible dans la localité.

Résultat, grâce aux TIC le projet de production de champignons comestibles dans le campement de Konan Konankro, dans la sous-préfecture d’Amélékia, connaît un franc succès.

Mieux, les experts en la matière estiment que la localité produit des champignons de très bonnes qualités.

Aujourd’hui, le défi des producteurs et des cadres du village est d’écouler leur production à grande échelle sur l’ensemble du territoire national. Mais surtout, dans les grandes surfaces du pays.

Mais pour réussir ce nouveau pari, ils comptent introduire de nouvelles espèces de champignons comestibles très appréciées et à fort rendement.

Ainsi, depuis quelques temps, M. Ernest Koffi et ses amis ont ouvert un bureau à Amélékia où ils ont installé une connexion Internet afin de permettre aux jeunes alphabétisés de faire en même temps qu’eux, des recherches sur de nouvelles variétés de champignons comestibles.

En attendant, les producteurs de champignons comestibles de Konan Konankro tirent un réel profit de leurs activités réalisées grâce à l’apport des TIC.

En effet, chaque personne produit environ 40 kg de champignons par mois. Le prix moyen du kilogramme étant de 1.500 F cfa. Ce qui donne un revenu mensuel d’environ 60.000 Fcfa.

En milieu rural, ce revenu permet d’améliorer de façon significative le niveau de vie. De plus, ces activités leur permettent de s’afficher socialement.

Une partie de la production est consommée sur place, ce qui contribue directement à renforcer la sécurité alimentaire, surtout dans cette zone fragile.

Théodore Kouadio
koudore@fratmat.info


Source : fratmat.info

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