Le Parti Ecologique Ivoirien



Mme Angèle Gnonsoa vice présidente du PIT : “Il n’y a plus d’Etat en Côte d’Ivoire”




jeudi 16 octobre 2008 - par l'Intelligent d'Abidjan
 


Mme Angèle Gnonsoa est ex Ministre d’Etat, Ministre de l’Environnement. Elle est la vice-présidente du Parti Ivoirien des Travailleurs (PIT). Dans cette interview, elle donne la position de son parti sur l’actualité politique.

Pourquoi ce long silence du PIT sur la scène politique?

Ce n’est pas un silence. Cela dépend des médias, qui ne couvrent pas nos manifestations. Sinon, nous avons régulièrement des tournées aussi bien à Abidjan qu’à l’intérieur du pays. Le 27 septembre, nous avons fait des installations à Abobo. Nous sommes donc présents. Ce sont peut-être les médias qui estiment que ce que nous faisons ne les intéresse pas. On les invite pourtant mais souvent ils n’en parlent pas.

Les élections présidentielles ne pourront plus certainement se tenir le 30 novembre 2008. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Il y a de cela un an, nous savions que cette élection ne pouvait pas se tenir à cette date. Mais nous allons dans le même sens et n’allons pas faire quelque chose qui puisse l’empêcher. Compte tenu de la situation psychologique et technique, il est difficile de faire des élections en moins de deux mois. Dans l’accord de Ouagadougou, il est prévu normalement que le désarmement , le redéploiement de l’administration, la réunification doivent se faire. Nous constatons que ce n’est pas fait. Quand on doit aller dans certaines zones, nous avons vu le déploiement des forces qui a accompagné le président Bédié et Mme Gbagbo, pour aller d’un point à l’autre de la Côte d’Ivoire. Cela signifie que la confiance ne règne pas encore. En ce qui concerne le redéploiement de l’administration, nous avons les préfets et sous-préfets qui dorment encore au domicile des gens, à l’hôtel, qui n’ont pas de bureaux, pas de résidence. Nous avons comme problème psychologique la réconciliation. Dès Marcoussis, on a créé un ministère de la Réconciliation qui est dirigé par le ministre du Front Populaire Ivoirien (FPI) Dano Djédjé, Qui est l’un des bras droits du président de la République. C’est lui qui est chargé de réconcilier. A mon sens, et cela n’engage que moi, il devait réconcilier ceux qui nous ont amené dans le conflit à savoir Bédié, Alassane Ouattara, Gbagbo et Soro, Guéi n’étant plus là. Ceux-là devaient se tenir la main et dire à leurs partenaires:” nous sommes réconciliés, faites comme nous”. Nous constatons que de part et d’autre, ce sont des menaces du genre celui-ci va tricher, celui-là a déjà triché, ou celui-là n’a pas d’électeurs. Ou encore que celui qui parle est tout beau, compétent et que l’autre ne peut pas diriger la Côte d’Ivoire qu’il a déjà entraîné, dans le chaos. Nous disons qu’il faut créer l’esprit de réconciliation au niveau des antagonistes, c’est-à-dire ceux qui nous ont amené la guerre. Cela n’est pas encore fait. Ces leaders dits de grands partis devaient se réunir pour trouver une solution aux problèmes qui se posent à la Côte d’Ivoire.

Que préconisez-vous à votre niveau alors ?

Au-delà de ceux-là, nous disons que c’est l’ensemble de la société civile ivoirienne qui doit se concerter. Parce que les leaders n’ont presque pas eu mal. C’est le peuple -à travers les paysans qui par exemple à l’Ouest ont été déguerpis, ont été tués, torturés- qui a souffert. Les opérateurs économiques ont mis la clé sous le paillasson. On devait pouvoir demander leur avis pour qu’on puisse avancer. C’est l’ensemble de la société civile qu’on doit associer. Mais nous avons l’impression qu’au fur et à mesure qu’on avance, ceux qui se concertent se rétrécissent . De Marcoussis à Prétoria en passant par Accra jusqu’à Ouagadougou, il ne reste que deux. On a estimé que les autres n’avaient rien à dire, que ce sont les deux qui sont les principaux protagonistes. Nous estimons que le peuple a son mot à dire. Car c’est au peuple qu’on demande de voter pour tel ou tel autre. Donc, les conditions psychologiques ne sont pas remplies. Quant au désarmement, on ne sait plus quoi en penser. Si à un mois des élections, ni les Forces nouvelles ni les milices des deux côtés n’ont désarmé, nous allons vers une catastrophe, puisque chacun des antagonistes garde ses armes.. On va au vote, mais nous craignons que le conflit ne renaisse.

Vous estimez donc que certains leaders sont écartés des négociations…

Vous le constatez vous-même. Le président Gbagbo et le Premier ministre Soro ont signé seuls les accords de Ouagadougou. Ne serait-ce qu’ils soient les seuls hommes politiques qui existent en Côte d’Ivoire.

Le Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix(RHDP) dit que si les élections présidentielles ne se tiennent pas le 30 novembre, ce sera l’échec de l’accord de Ouagadougou. C’est votre avis?

Nous sommes partis d’échec en échec mais on n’a pas voulu le reconnaître. Après l’accord de Marcoussis, on devait aller aux élections en octobre 2005. On n’y a pas été, jusqu’à ce jour. Cela veut dire que c’est l’échec de ce qu’on a décidé chaque fois. La nouvelle date a été fixée de façon abstraite sans tenir compte des contraintes techniques (Audiences foraines, enrôlement…). Si on ne va pas aux élections le 30 novembre, il faudrait trouver une autre solution. Mais cette fois-ci une bonne solution. On ne doit pas repousser les élections jusqu’en 2050.

Il faut donc penser à une alternative à l’accord de Ouagadougou…

Ce qui était prévu dans l’accord de Ouagadougou, à savoir le désarmement, la réunification….n’a pu être réalisé. Si les délais n’ont pas été respectés, cela signifie qu’il faut modifier cet accord, ou le compléter

Si on va de report en report , quelle sera l’attitude du PIT?

Si les élections ne se tiennent pas à la prochaine date, on doit prévoir ce qu’il faudra faire. On ne peut pas reculer infiniment.

On parle de candidature unique au RHDP. En cas de second tour le PIT soutiendra le FPI ou alors le RHDP ?

On verra, c’est au moment des votes et des résultats que les alliances se feront. Le comportement des uns et des autres sur le terrain fera qu’on puisse nouer une alliance avec tel parti ou tel autre. On ne peut pas décréter avant.

Comment jugez-vous la gestion du pouvoir du président Gbagbo à quelques mois des élections ?

C’est difficile. Il faut que lui-même rende compte pour qu’on puisse juger. Pendant la campagne, le président Gbagbo va dire ce qu’il a pu faire et ce qu’il n’a pu faire. C’est en ce moment qu’on pourra juger son mandat.

Est-ce que votre parti aura un candidat à cette élection ?

Bien sûr. Le président Francis Wodié est notre candidat pour les présidentielles. Pour ce qui est des législatives et autres, nous avons déjà arrêté nos listes. Le PIT a toujours été présent à toutes les élections. C’est en 1990 que nous n’étions pas à l’élection parce que avec quatres autres partis nous avions décidé de ne pas y aller. Et au dernier moment, nos amis du FPI sont allés aux présidentielles. Après, nous avons été aux législatives.

D’autres partis préparent les élections. On voit les conventions qui se tiennent pendant que votre parti ne bouge pas…

Nous aurons une convention au mois de novembre pour désigner officiellement notre candidat.. Ce n’est pas un secret, on connaît les candidats. Il suffit juste de les déclarer officiellement. Compte tenu des différents reports, on ne se presse pas. Toutefois, la convention va désigner notre candidat Francis Wodié.

Votre parti le PIT était membre du RHDP. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Nous ne sommes membres d’aucun extrême. Nous ne sommes ni avec le CNRD (Congrès national de la résistance démocratique) ni avec le Rassemblement Houphouëtiste pour la Démocratie et la Paix (RHDP). Nous avons notre voie et souvent c’est l’erreur que font les gens de penser que dans un pays, il doit avoir une opposition bipolaire. La démocratie c’est pas ça. C’est plutôt de permettre à chacun de dire ce qu’il pense. Nous sommes contre les extrêmes, qui de façon générale bloquante la situation. Vous le voyez à travers la presse nationale. Nous estimons que lorsqu’un camp dit que quelque chose est juste, il appartient au PIT de le soutenir. S’il dit quelque chose qui ne nous semble pas juste, nous devons dire que ce n’est pas juste. Certains disent, on ne vous comprend pas. Vous êtes où ? Nous sommes PIT, nous avons notre voie qui est la troisième voie, celle qui veut réconcilier les Ivoiriens. Celle qui estime que nous sommes tous ivoiriens et que nous devons nous entendre. Après cette crise, on devrait prendre conscience du danger qui menace notre pays. Vous voyez, la situation en République démocratique du Congo (RDC), ou en Somalie. Puis, nous avons de moins en moins un Etat de Côte d’Ivoire. Il n’y a pas de lois. On grille le feu rouge, les forces de l’ordre qui devaient mettre de l’ordre mettent du désordre, ceux à qui on confie la gestion de la chose publique font ce qu’ils veulent, l’argent des contribuables est dilapidé.. On est dans une République de dons. C’est-à-dire quand je me déplore, je fais un don et on me fait aussi un don. Si je dois avoir un puits dans mon village, il faut aller voir le président de la République, pour le lui demander. Si on veut un département, il faut aller voir le président qui, magnanimement, accorde le département. Cela veut dire qu’il n’y a pas de prévision. Si vous voulez avoir un centre de santé ou une ambulance, il faut caresser le pouvoir dans le sens du poil. Donc, j’estime qu’il n’y a pas d’Etat. Ce que le président donne, c’est sur les 50 ou 80 milliards de Francs du budget de souveraineté. D’où cela vient ? Des Impôts, donc du contribuable. Plus on est près du président ou d’un président d’institution, plus on peut prétendre à avoir quelque chose. Nous disons qu’il n’y a pas d’Etat. Il faut que nous nous retrouvions pour redonner l’autorité de l’Etat.

Donc c’est pour préserver votre indépendance que vous vous êtes retiré du RHDP…

Oui, nous ne sommes dans aucun camp. Il faut que les Ivoiriens puissent comprendre cela, que quelqu’un ne peut pas être en tout et pour tout pour quelqu’un. Nous approuvons ce qui est à approuver et critiquons ce qui est à critiquer..

L’identification est l’un des préalables à l’élection. Mais on constate qu’il y a trop de difficultés, qui menacent le délai de 45 jours…

On ira certainement au-delà des délais. La Côte d’Ivoire a cette mauvaise habitude d’être toujours en retard. J’ai été reçue au concours d’entrée en 6ème en 1952. Nous étions une trentaine choisie pour aller faire nos études secondaires en France. La rentrée là-bas c’était le 1er octobre et nous sommes arrivés le 17 octobre. Et je constate que tous les ans, nos étudiants qui vont étudier à l’étranger arrivent toujours en retard. Il faut apprendre à prévoir.. On dit que si quelqu’un doit être enrôlé, il faut qu’il réserve sa place, on fait partir des gens à 4 heures du matin. On va être tous enrôler. Mais l’Ivoirien a cette mauvaise habitude de vouloir passer avant tout le monde. Et ceux qui ont les moyens payent pour passer avant tout le monde. Or, on passera tous. Tant qu’il y aura la queue, ils doivent rester pour nous recenser.

Il y a d’autres problèmes; la Fesci a saccagé un centre d’enrôlement à Williamsville par exemple. Et il y a un risque d’avalanche…

C’est l’image que nous avons donnée à notre jeunesse. Quand on n’est pas content, on détruit les infrastructures. Dans les internats, si les élèves mangent mal ils détruisent les machines qui servent à préparer. A l’université, c’est la même chose. Mais on n’a jamais sanctionné ce genre d’attitude. Et c’est ça qui continue. Toutefois, la Fesci s’est assagie et ne détruit plus comme avant. Nous espérons qu’on va aller vers un meilleur avenir.

Il faut peut-être prolongé le délai de 45 jours pour l’identification ?

C’est sur les lieux qu’on va voir. Il appartient à la Commission électorale indépendante (CEI) qui a commencé à faire des prévisions de voir s’il faut prolonger le délai d’un ou de trois mois..

Au-delà, il y a aussi les suspicions de certains partis politiques vis-à-vis de la CEI, de l’INS, de la Sagem. Qu’est-ce que vous en pensez ?

C’est parce que les Ivoiriens ne se parlent pas. Il faut qu’on se parle, il ne faudrait pas que chacun se comporte comme si c’est ce qu’il pense qui est juste. Or n’est pas démocrate celui qui pense détenir, seul la vérité. Il faut que toutes les vérités se réunissent pour voir sur quoi, nous pouvons nous entendre. Il faut qu’on pense à l’intérêt général de la Côte d’Ivoire. .

Le procès des déchets toxiques se tient en ce moment. Est-ce que vous pouvez vous prononcer sur cette affaire ?

C’est un peu gênant que les vrais responsables, ceux qui sont venus avec les déchets aient été innocentés grâce à de l’argent. Je me demande s’il ne valait pas mieux dire, on va à zéro. Il n’y a rien eu. Parce que ceux qui sont accusés aujourd’hui, c’est parce qu’ils sont allés voir le bateau pour faire le transfert des déchets. Comment est-ce que ces déchets sont arrivés ? Ceux qui ont médité de venir chez nous pour nous empoisonner on leur a dit qu’ils sont innocents pourvu qu’ils donnent quelques milliards. Je suis un peu gênée quand on juge les autres qui n’ont été en quelque sorte que des courroies de transmission.

Ce scandale est survenu alors que le Ciapol est dirigé par un membre de votre parti. Est-ce qu’on n’aurait pas pu éviter ce scandale ?

Le Ciapol ne savait pas que le bateau des déchets toxiques arrivait en Côte d’Ivoire pour l’en empêcher. Quand c’est arrivé, on n’a pas fait appel tout de suite au Ciapol. C’est quand ces odeurs se dégageaient qu’on a fait appel au Ciapol, qui a fait des analyses et démontré que ces déchets étaient dangereux. Le problème est de savoir qui devait empêcher à ce bateau de repartir. Le fait que le bateau parte ou ne reparte pas n’est pas le vrai problème. Tout le monde savait au moins qu’il a transporté des déchets toxiques. Le Ciapol a fait ce qu’il devait faire. On devait désintoxiquer tous les sites. On se rend compte aujourd’hui que ce n’est pas fait et qu’il y a des gens qui continuent de souffrir. L’Etat doit faire en sorte que les Ivoiriens ne meurent pas à petit feu de ces déchets toxiques.

Nous parlons de l’actualité. Il y a eu récemment les manifestations des militaires à Daoukro et Yamoussoukro pour revendiquer les primes. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Ceux qui ont amené les gens à la guerre ont fait des promesses mirobolantes parce qu’ils pensaient qu’ils allaient gagner la guerre.. S’ils gagnaient la guerre et avaient la cagnotte en main ils pouvaient récompenser leurs soldats. Or, personne n’a gagné la guerre. Donc les promesses qui ont été faites ne peuvent être respectées ni par les uns ni par les autres. Les soldats et les miliciens réclament seulement ce qu’on leur avait promis. C’est pour cela que nous demandons une concertation nationale. Si on réunit tout ce monde pour leur expliquer qu’on ne peut pas leur donner cet argent parce que les enfants doivent continuer d’aller à l’école, parce qu’on doit soigner les malades et construire des routes etc…ils comprendront, je l’espère. Ceux qui ont des armes, il faut qu’on leur explique qu’ils doivent désarmer.

Vous avez participé à la sortie officielle des ex-enfants soldats de l’Ouest qui ont constitué une troupe théâtrale . Vous étiez très émue…

Ces jeunes ont été sélectionnés et formés pendant sept semaines. Le résultat est édifiant. On avait les larmes aux yeux en voyant ces enfants-soldats prouver qu’ils peuvent faire quelque chose de mieux que la guerre. Il faudrait qu’on puisse préserver notre jeunesse.

En cette période de reconstruction comment peut-on aider ces jeunes qui ont participé à la guerre à se réinsérer dans la société ?

D’une manière générale, c’est l’Etat qui doit s’en occuper. Les conseils généraux, les mairies, doivent faire en sorte qu’on puisse réinsérer ces enfants dans le tissu social. On pourrait les insérer dans les commerces, l’agriculture. Il faut les former et leur donner de l’emploi. C’est ça le grand problème. Vous ne pouvez pas vous déplacer sans avoir des mendiants de toutes sortes. Cela prouve le niveau de pauvreté du pays et il faut que l’Etat s’en occupe.

Vous avez été ministre de l’Environnement. Est-ce que vous pouvez nous dire un mot sur l’état des forêts actuellement ?

C’est catastrophique. Ce sont pratiquement des gruyères, c’est-à-dire avec des trous dedans. On parle de forêts mais il n’y a pas grand-chose dedans. Il n’y a que le parc de Taï qui est resté indemne. Mais ceux de la Marahoué, de la Comoé ont été très exploités. Comme c’était la pagaille, chacun faisait ce qu’il voulait. Il faut arrêter l’exploitation, reboiser pour donner à la Côte d’Ivoire sa verdure d’antan.

Interview réalisée par Calvin Wandji


Source : intelligentdabidjan.org

Les Verts D'Europe  verts au parlement europeen       Le logo des verts de France  Ecolo   FéPEV-RAO     

Reproduction interdite du site

haut de page haut de page