Le Parti Ecologique Ivoirien



  « Si Gbagbo accepte d’appliquer ce programme, je suis prêt à rentrer en Côte d’Ivoire pour l’aider à faire campagne contre la droite libérale. »


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jeudi 19 août 2010 - Par couleursdafrique.eu


     Joint au téléphone depuis l’étranger, le politologue Bernard DOZA, a bien
voulu commenter l’actualité africaine notamment ivoirienne pour les lecteurs
de couleursdafrique.eu. Entretien.

Bonjour Bernard DOZA. En votre qualité de spécialiste des questions franco-africaines, quel a été votre regard sur la participation de certaines armées d’Afrique francophone, au défilé du 14 juillet à Paris ?

Bonjour. 50 ans après les indépendances formelles de 1960, la France de Nicolas Sarkozy rêve encore de la France dans sa grandeur coloniale. A travers l’exhibition des soldats, venus de 13 sur les 14 territoires de l’ex-empire colonial offert à la France par l’impérialisme international en 1885 à Berlin et en 1929 au traité de Versailles, Paris humilie la jeunesse africaine de l’An 2010.Car, l’image du chef de l’Etat français, assis sous un chapiteau, place de la Concorde, entouré de treize présidents de l’Afrique noire, parle seule. Et elle dit, regardez : « C’est une Afrique de la France, elle est toujours composée de sujets, parce que gouverner encore dans leur propre pays (malgré les discours de la liberté et les conférences nationales de 1990), par des chefs d’Etat, en fait des sous-préfets de la France, que Paris choisit de mettre au pouvoir, à partir de la cellule africaine de l’Elysée. Seul absent sur ce tableau de la vassalisation, le Président ivoirien Laurent Gbagbo, a dit non à ce rendez-vous de la néo-colonie. Mais pourquoi Gbagbo n’est pas venu? Parce que très tôt, au mois de novembre 2009, j’ai dénoncé dans les médias à Abidjan, dans la presse internationale et sur Internet, sur les sites des médias en ligne: la « capitulation » du Président ivoirien, qui malgré le discours anti-français, avait déjà décaissé plus de 6 milliards FCFA pour la réparation du lycée français d’Abidjan et le dédommagement des entreprises françaises, au lendemain des événements de novembre 2004 où l’armée de la France, devant des caméras de télévisons avait tiré et tué, sur ordre du Président Jacques Chirac, plus de 68 jeunes manifestants et fait plus de 2.000 blessés par balles, sur le pont Charles de Gaulle et devant l’Hôtel Ivoire. Alors, Laurent Gbagbo, pour ne pas perdre le soutien populaire « des patriotes », a prétexté le contentieux de novembre 2004 avec la France, pour expliquer son absence au défilé du 14 juillet, à Paris. Je considère cela comme le début d’une nouvelle démarche politique, vers l’indépendance véritable de notre pays. Car, l’Etat et l’armée de la France ne peuvent pas avoir versé le sang du peuple ivoirien en 2004 et invité le Président de la Côte-d’Ivoire à venir en 2010 fêter aux cocktails et aux petits fours le 14 juillet à Paris, dans un défilé, confraternel…



La célébration du cinquantenaire de l’indépendance des pays africains francophones semble effective. Quelle importance revêt donc ce cinquantenaire pour vous ?

La célébration du cinquantenaire dans les pays africains, est en réalité le suivi de la parade des Champs-Elysées. Car presque partout où cette célébration a eu lieu dans les capitales des pays francophones d’Afrique, on a vu, « au nom de cette nouvelle amitié franco-africaine » les soldats de l’armée française défiler parmi les troupes locales. Nous sommes donc toujours dans la logique de la néo-colonie. Car dans le passé de ces troupes françaises qui défilent dans les pays de l’Afrique noire aujourd’hui avec les soldats locaux, on voit le sang des populations de chaque pays sur leurs mains. Parce que partout les troupes françaises ont maté des insurrections populaires, au compte de l’administration coloniale et de la dictature locale, entre 1950 et 1990.


De nombreux économistes africains demandent l’abandon du franc CFA, qui est à leurs yeux un signe de la Françafrique. Ils veulent la création et la mise en place d’une monnaie commune à l’ensemble des pays de l’Afrique francophone. Q’en pensez-vous ?


La question monétaire est très délicate. Elle ne doit pas relever de l’incantation mais d’un réalisme professionnel. Car, c’est vrai, l’Afrique noire avec ses immenses réserves minières, son or à profusion, son diamant, son pétrole, peut créer sa propre monnaie. Mais le problème en Afrique reste toujours la question de la gestion. Ou plutôt l’honnêteté dans la gestion de la chose publique. Pour qu’on puisse créer une monnaie unique, il nous faut des Etats dont la gestion financière ne souffre aucune ambiguïté. Or, avec la corruption qui gangrène l’ensemble des pouvoirs africains, j’en doute. Donc commençons un essai par un Etat dont la gestion de la monnaie à travers la stabilité de son économie serait irréprochable. Un Etat qui serait donc la locomotive par sa propre richesse et ses propres avoirs en or, pour garantir les fluctuations monétaires internationales. Je pense à la Côte-d’Ivoire et à la Guinée Equatoriale par exemple. Sinon, dans le cas où on voudrait forcément créer une monnaie unique dans l’immédiat, il faut nationaliser les multinationales françaises bancaires qui sont la BCEAO pour l’Afrique de l’Ouest et la BEAC pour l’Afrique Centrale qui émettent le FCFA. Puis, recourir à l’arrimage direct dès la création de la monnaie unique sur les grandes monnaies étrangères comme le dollar, l’euro ou le yen, pour se mettre à l’abri des fluctuations monétaires internationales. Parce que c’est vrai qu’aujourd’hui, il faut sortir du diktat imposé par les deux banques françaises émettrices du CFA, qui obligent les banques en Afrique noire (correspondantes locales des banques françaises) à n’être que des banques de dépôts. C’est une politique monétaire coloniale conçue par l’Etat français. Elle date de 1853, à la création par décret de la Banque du Sénégal par Napoléon III. A l’origine, le rôle de la « Banque du Sénégal » qui deviendra la BCEAO en 1959, est d’organiser la paupérisation du corps social africain, pour empêcher l’érection d’une bourgeoisie nationale du commerce, en refusant le crédit aux populations locales en Afrique noire. Et cette politique criminelle continue encore, contre le développement de l’Afrique. En effet, jusqu’aujourd’hui, les banques françaises en Afrique, n’accordent aucun crédit de développement aux particuliers. Elles n’accordent aucune ligne de crédit à la consommation aux ménages les plus démunis. Son rôle colonial, c’est d’encaisser le maximum d’argent liquide pour la métropole sans investir localement, ni dans les entreprises africaines ni dans le développement.

Depuis quelques jours, Mamadou Koulibaly, le Président de l’Assemblée nationale défraie la chronique des médias en Côte d’Ivoire. Il dénonce les incuries dans son parti le FPI, parti du Président Laurent Gbagbo. Du coup, il devient gênant dans son parti où certains caciques aimeraient le voir partir ailleurs, peut-être au RDR, puisqu’il dit être un libéral...

Le combat politique de Mamadou Koulibaly à l’intérieur du FPI, est un combat difficile, parce que c’est un nationaliste intègre. Or, dans cette Côte-d’Ivoire de l’après Houphouët-Boigny où le tribalisme a pris racine, on est loin du débat sur la culture et le programme sur la politique nationale du développement, la pensée politique puise dans la philosophie de ce que le Président Bédié lui-même appelle : « l’électorat sociologique ». En fait, c’est ce que les politiciens ivoiriens considèrent comme « la réalité du terrain », c’est le vote tribal, donc les partis ne sont que des creusets ethniques et régionaux. Il est donc suicidaire pour Mamadou Koulibaly, en tant que haut cadre du FPI de dire en résumé dans un conclave : Je ne suis pas dioula ni bété ni baoulé dans ce parti mais un libéral, qui a une pensée, un programme politique à proposer à mon pays. Dire qu’il n’est pas venu au FPI pour vivre la dictature des bétés, comme au RDR où on vit déjà la dictature des dioulas et au PDCI celle des baoulés, c’est rappeler qu’on veut simplement être ivoirien. C’est ce combat que j’ai inauguré au FPI en 1991, en dénonçant dans mon livre : Liberté Confisquée, la nomination (sur la base du copinage tribal) de notre adversaire politique d’alors, Kuyo Téa Narcisse (PDCI) qui nous combattait depuis 1982 pour notre revendication contre la dictature du parti unique. Cet écrit m’a valu jusqu’à aujourd’hui la haine des militants bétés du FPI. « Et, comme je suis un bété, originaire de Guibéroua, j’ai donc trahi mon frère Gbagbo par mon écrit ».Dès lors, ces militants me voient bien au côté l’adversaire ethnique. Moi qui suis de la gauche radicale, on m’a poussé vers Alassane Ouattara. C’est mal me connaître. Plus curieux, on racontait que le Président du RDR que je n’ai jamais rencontré dans ma vie de journaliste parisien m’avait acheté une maison dans le 13è arrondissement de Paris. Face à ces élucubrations je suis toujours resté serein et digne dans ma conviction politique. Et comme cela n’a pas pris auprès de l’opinion des Ivoiriens de France, des journalistes du FPI ont écrit en novembre 2002 dans le quotidien l’inter que j’étais le porte-parole officiel de la rébellion. Pour finir, en janvier 2010 Notre Voie a écrit que j’étais « un agent de la France. » Tout ceci, montre le combat pour la création d’une nouvelle Côte-d’Ivoire que je mène avec des amis depuis 1995 dans le Comité d’Action Pour La Liberté (CAPL). La création d’une Côte-d’Ivoire du débat d’idées dans laquelle le parti politique devient le creuset national qui organise la rencontre pour et vers l’émancipation de l’homme dans le combat des classes sociales. L’histoire du monde a démontré que le politicien qui se cache derrière les hommes et les femmes de sa tribu pour défendre ses idées, est un homme dangereux. Parce que n’étant pas sûr de lui pour défendre ses propres idées au plan national pour la défense du citoyen, le tribaliste utilise sa tribu et sa région comme un bouclier humain contre les adversaires politiques.


Le Président Gbagbo a fixé la nouvelle date du scrutin présidentiel en Côte-d’Ivoire, au 31 octobre, après plusieurs reports. Q’en dites vous ?

Je ne crois pas que Gbagbo veuille vraiment aller aux élections contre le RDR et le PDCI réunis sous la même bannière. Parce que, je sais qu’il voudra d’abord finir les grands travaux de Yamoussoukro et le gigantisme du « grand Abidjan » avant de quitter le pouvoir. Maintenant, pour moi qui suis un nationaliste de gauche qui combat farouchement la philosophie de la gestion des intérêts du peuple dans le régime de la néo-colonie, la grande question que je pose est la suivante :Qu’est-ce que le président Laurent Gbagbo qui, après 10 ans de pouvoir dans une guerre larvée entre le Nord et le Sud et qui demande un nouveau mandat propose concrètement au peuple de Côte-d’Ivoire face à la droite antinationale de la bourgeoisie agraire, regroupée dans le PDCI et le RDR? Il faut aujourd’hui des engagements concrets pour sortir le peuple de la grande pauvreté dans un pays où près de 50% d’Ivoiriens vivent avec moins de deux repas par jour. Nous ne parlons pas des discours sur la sécurité sociale et la décentralisation, encore moins sur l’école obligatoire mais nous parlons d’un programme urgent dans le domaine de l’emploi et du logement social. Nous parlons de l’instauration d’une sécurité sociale minimale, avec une cotisation de 10.000FFCA par Ivoirien et le reste payé par le Trésor public qui encaisse des milliards par jour. C’est une sécurité sociale qui prendrait en compte les maladies primaires comme les blessés par accident, les petites chirurgies, le paludisme… pour stopper l’hécatombe qui frappe la Côte-d’Ivoire depuis ces dix dernières années. C’est un programme minimal pour tout pouvoir, censé venir gérer au nom du peuple, applicable immédiatement, deux mois après la prestation de serment. Si Gbagbo accepte d’appliquer ce programme, je suis prêt à rentrer en Côte d’Ivoire pour l’aider à faire campagne contre la droite libérale.


De fait, il n’y a pas longtemps que vous avez menacé de représailles le régime de Laurent Gbagbo si les élections n’avaient pas lieu avant le 26 octobre, date anniversaire de son arrivée au pouvoir. Votre menace de chaos, tient-elle toujours ?

Ce n’est pas une menace comme certains peuvent le penser. Ceci dit, je reste toujours en embuscade. Entre temps, laissons Gbagbo organiser les élections car je connais les Ivoiriens. Dites-moi, qui de Gbagbo, Ouattara et Bédié, jugera bon de laisser le pouvoir à un gagnant, si gagnant il y avait ?


Faustin Dali

Source : couleursdafrique.eu

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