Le Parti Ecologique Ivoirien



Exclusivité – Scandale dans la filière café-cacao en Côte d’Ivoire, Plus de 600 Milliards FCFA détournés, 8 Milliards FCFA saisis dans un compte d’Henri Amouzou



jeudi 10  juillet 2008 - Par connexionivoirienne.net
 


Plus de 600 Milliards FCFA détournés, 8 Milliards FCFA saisis dans un compte d'Henri Amouzou

L'opération «mains propres» lancée depuis quelques semaines en Côte d'Ivoire pour déceler la corruption et les malversations dans la filière café-cacao a commencé à livrer ses secrets. Les premiers résultats des enquêtes révèlent un «gros trou» de plusieurs centaines de milliards de FCF, et des comptes personnels mis sous séquestre judiciaire. Les mis en examen risquent jusqu'à vingt ans de prison.

Par Gbansé Douadé Alexis

La lumière est progressivement en train d'être faite sur l'ampleur des malversations financières opérées dans la filière café-cacao en Côte d'Ivoire. Malgré la loi de l'omerta due au secret de l'instruction judiciaire, on apprend de sources proches du dossier que le montant global des sommes détournées et placées dans des banques en Europe, notamment en Suisse, s'élève à plus de 600 milliards de FCFA. Les sources révèlent que 8 milliards de FCFA ont été saisis dans un compte ouvert au nom (propre) d'Henri Kassi Amouzou, président du Conseil de gestion du Fonds de développement et de promotion des activités de café-cacao (FDPCC), et domicilié à la Standard Chartered Banque, à Abidjan. Cette preuve matérielle a été versée au dossier de l'instruction, tout comme les autres preuves relatives aux nombreuses et importantes fuites de capitaux placés dans des banques et sur des places boursières européennes et américaines.

 Louis Michel met la «puce à l'oreille» de Soro Guillaume

Lors de sa récente tournée en Europe (Rome-Bruxelles-Paris), du 2 au 10 juin dernier, pour mobiliser des ressources auprès de la communauté internationale en vue du financement des élections en Côte d'Ivoire - la présidentielle est normalement prévue pour le 30 novembre - le Premier ministre ivoirien Soro Kigbafori Guillaume rencontre Louis Michel, le Commissaire européen chargé de l'aide au développement. Au cours de leur entretien, Louis Michel fait une révélation renversante à Soro Guillaume : «Monsieur le Premier ministre, vous êtes à la recherche de 200 milliards de FCFA pour organiser des élections dans votre pays, alors que les structures qui gèrent le café et le cacao chez vous (BCC, FDPCC, FRC, ARCC, etc.) disposent de plus de 600 milliards de FCFA dans des comptes et sur des places boursières occidentales. Pourquoi ne pas leur demander de mettre cet argent à votre disposition pour la sortie de crise ?», a interrogé le Commissaire européen. Soro Guillaume tombe des nues ! Le chef du gouvernement ivoirien rentre donc bredouille de sa mission de bons offices auprès des bailleurs de fonds internationaux. Ce qui apparaissait jusque-là comme de malveillantes rumeurs vient de se confirmer : il y a eu des détournements massifs dans la filière café-cacao, et tout le monde le sait. C'est la raison pour laquelle la communauté internationale rechigne à délier la bourse pour l'organisation des élections en Côte d'Ivoire. Dès son retour à Abidjan, Soro Guillaume rend compte au président Laurent Gbagbo de sa mission en Europe, et surtout de ses échanges avec le Commissaire européen chargé de l'aide au développement, notamment le chapitre des révélations de Louis Michel. Le chef de l'Etat ivoirien est sidéré. «Tant que ça ?», s'emporte Laurent Gbagbo. Entre temps, un rapport confidentiel de l'ONG américaine Global Witness commandité par la «Maison Blanche» est sans appel : outre le travail des enfants dans les plantations ivoiriennes de café et de cacao, des sommes faramineuses ont été détournées par les gestionnaires de ce qui est considéré comme les «deux mamelles» de l'économie ivoirienne. Les Etats-Unis qui consomment 2/3 du cacao ivoirien mettent la pression sur le gouvernement ivoirien afin que toute la lumière soit faite sur ces prétendues malversations. Gbagbo a le dos au mur. Le président ivoirien prend le temps de vérifier ces informations accablantes et convoque illico presto tous les barons de la filière café-cacao : Henri Kassi Amouzou (FDPCC), Tapé Doh (Bourse du café-cacao, BCC), Angeline Kili et Kouakou Firmin (Fonds de régulation café-cacao, FRC), Jean-Claude Bayou (Fonds de garantie des coopératives de café-cacao, FGCCC), Placide Zoungrana (ARCC) et tous les autres responsables de la filière. Le chef de l'Etat ivoirien leur rappelle ses propos tenus en 2005 lors d'une exposition sur le café et le cacao («l'argent n'aime pas le bruit»), et leur demande si les allégations de détournements de fonds dans la filière sont avérées. Tous nient en bloc et affirment être blancs comme neige. Le président Laurent Gbagbo leur annonce alors que la justice s'est saisie du dossier et qu'une enquête imminente sera ouverte pour situer les responsabilités. C'était à la mi-mai 2008, environ un mois avant le début des poursuites judiciaires.

Les planteurs portent plainte contre leurs représentants

A partir de ce moment, les choses s'accélèrent et ce que les responsables du FDPCC, BCC, FGCCC, FRC, ARCC et autres («CC») ignorent, c'est que ce sont leurs propres mandants qui sont à l'origine de cette opération baptisée «mains propres» dans la filière café-cacao. En effet, les vrais producteurs ne sont pas contents de la gestion de leurs représentants. Depuis 2005-2006, les doyens et richissimes planteurs Sansan Kouaho et Yao Fils (Niablé), Bléoué Aka (Aboisso), Boa Bonzou (Abengourou) et autres se plaignent régulièrement auprès du chef de l'Etat de la manière cavalière dont leurs ressources communes sont gérées par leurs mandataires, qui étalent de façon ostentatoire leurs nouvelles richesses (plusieurs 4X4 de luxe, châteaux, mariages et funérailles en grandes pompes, largesses et libéralités, etc.), font des dépenses colossales et effectuent plusieurs acquisitions d'entreprises et d'usines sans leur rendre compte à la base. Puis vint l'affaire de l'achat de l'usine de Fulton, aux Etats-Unis, qui tourne au vinaigre. Les planteurs demandent des comptes aux mis en cause et, devant leur mépris et refus de s'expliquer, menacent de porter l'affaire devant les tribunaux. Ils en parlent au président Laurent Gbagbo qui leur donne le feu vert. Les planteurs, avec à leur tête les dignitaires ci-dessus cités, saisissent alors leurs avocats et portent plainte pour des faits de «détournement de fonds, abus de biens sociaux, escroquerie, faux et usage de faux en écriture privée de banque ou de commerce» auprès du Procureur de la République de Côte d'Ivoire, Raymond Tchimou. Mais avant, les plaignants prennent le soin de rassembler des preuves tangibles de malversations financières, de corruptions, d'escroqueries et de détournements de deniers publics. Puis, la justice ivoirienne se met en branle, et l'étau se referme un à un sur Amouzou, Tapé Doh, Kili, Kouakou Firmin et autres, ainsi que leurs premiers collaborateurs. Même Placide Zoungrana, PCA de l'Autorité de régulation du café-cacao (ARCC) qui assurait les prélèvements des taxes sur le café-cacao (DUS : droit unique de sortie) pour le compte de l'Etat de Côte d'Ivoire et qui, de ce fait, se croyait intouchable, a été pris dans les mailles du filet de la justice. Dans leurs investigations, les enquêteurs découvrent que la plupart des structures qui opèrent dans le café-cacao, à l'image du FDPCC, n'ont aucune existence légale.

Ce que risquent les inculpés

Selon plusieurs avocats consultés sur le dossier, toutes les personnes incarcérées à la MACA (Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan) pour les besoins de l'enquête risquent gros. «Les faits qui leur sont reprochés sont suffisamment graves. S'ils sont avérés, Tapé Doh, Amouzou et les autres peuvent encourir jusqu'à vingt ans de prison ferme», a laissé entendre un membre du Barreau de Côte d'Ivoire. Dans la foulée, la justice ivoirienne s'est également lancée aux trousses des conseils juridiques de certains responsables de la filière. De sources proches du dossier, on apprend que, très bientôt, les avocats de Henri Amouzou et de certains barons de la filière, dont Maître Silvère Koyo, seront entendus par le juge d'instruction en charge de l'enquête. Il est reproché à ces différents conseils d'avoir empoché la bagatelle de plus de 2 milliards de FCFA dans des transactions peu amènes.

Gbansé Douadé Alexis
gbanse@connectionivoirienne.net

Source : connectionivoirienne.net

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