Le Parti Ecologique Ivoirien



Le Président Gbagbo aux Africains : “Pourchassons tous ceux qui grippent l`économie par des détournements”


mercredi 19 novembre 2008 - Par Le Temps
 


Le chef de l`Etat ivoirien a prononcé hier, à la tribune du sommet des mines et de l`énergie, qui regroupe plusieurs Etats africains, à Yamoussoukro, un important discours qui appelle à une prise de conscience des Africains en "nettoyant" de la patine de l`économie, tous pilleurs.
Monsieur le Premier ministre de la République de Guinée, cher frère;
Merci d`avoir fait ce déplacement, et merci pour ces paroles pleines d`amitié et de fraternité prononcées à l`égard de la Côte d`Ivoire et à l`égard de son Président. Nous allons parler tout à l`heure, vous et moi, mais je souhaiterais que vous disiez au Président Lansana Conté comment la Côte d`Ivoire lui est reconnaissante pour l`attitude et la politique qu`il a adoptées pendant toutes ses longues années de douleurs et de crise en Côte d`Ivoire. Nous sommes ici pour le premier forum des Mines et de l`Energie de l`Afrique de l`Ouest. Et Monsieur le ministre des Mines et de l’Energie a dit nos besoins, nos capacités en mines. Je voudrais ici dire les caractéristiques et les grandes étapes de l`histoire économique de la Côte d`Ivoire. Ce pays, créé par un décret en 1893, a commencé doucement par l`exploitation du bois. Peu après, nous sommes passés à la création de quelques plantations de caféiers à Elima avec Verdier. Et le café est devenu important. Après, de la Gold Coast, nous avons importé des plants de cacao. Et nous avons commencé à produire du cacao qui, quand nous étions jeunes, était minoritaire par rapport au café. Dans les années 1970, une politique volontariste, nous a fait devenir Premier pays exportateur de cacao. Les paysans étaient payés pour produire du cacao. Nous sommes donc devenus premiers exportateurs de cacao. Dans la même période, nous nous sommes mis à faire de la recherche en ce qui concerne les mines, le sous-sol, etc. Les résultats sont bons, le ministre l`a rappelé tout à l`heure. Nous nous sommes aussi mis à faire de grands barrages. Nous avons commencé petitement par les barrages d`Ayamé, avant même la proclamation de l`Indépendance en 1958-1959. Ensuite, nous avons fait le barrage de Kossou, non loin d`ici. Là aussi, nous avons atteint de bons résultats. Il y a de l`électricité un peu partout. Nous avons entamé, par la suite, une politique volontariste d`électrification des villages et communautés rurales. Et nous exportons, en plus de nos besoins nationaux, de l`électricité dans un certain nombre de pays de l`Afrique de l`Ouest. Nous avons ainsi découvert que l`électricité est une marchandise comme une autre, et qui fait gagner de l`argent. Il ne faut pas oublier que toute économie a pour objectif de faire gagner de l`argent. Chaque fois que nous sommes dans un secteur, c`est pour gagner de l`argent, pour utiliser cet argent, à faire reculer la pauvreté sur le sol national. Il ne faut oublier ce principe de base. Celui qui l`oublie est perdu, Celui qui l`oublie n`a rien compris. C`est pourquoi, comme le disait tout à l`heure le Premier ministre guinéen, Il faut travailler de façon ardue pour la paix à l`intérieur, pour la paix sur les frontières, mais en même temps, nous devons avoir, à partir de maintenant, dans ce pays comme dans d`autres, comme philosophie, de traquer les voleurs. Tous ceux qui volent l`argent public doivent être pourchassés, traduits devant les tribunaux et, s`ils sont reconnus coupables, condamnés. Si nous ne le faisons pas, nous ne sommes pas crédibles, en demandant des prêts, en déplorant la pauvreté. C`est pourquoi, la recherche d`autres sources de financement de l`économie doit aller de pair avec la recherche et l`arrestation des voleurs. Quelques uns se sont mépris sur notre volonté, notre capacité à le faire. Il y avait la crise. Nous venions d`arriver et nous devions rendre propres nos rapports avec les institutions internationales. Rapports qui avaient été arrêtés depuis 1998. Nous l`avons fait, et en 22 mois, nous l`avons achevé. Mais aussitôt, une guerre a éclaté en Côte d`Ivoire. Nous sommes en train de l`achever, aujourd`hui. Il n`était pas possible pendant la guerre, au moment où toutes les méchancetés étaient réunies contre le gouvernement, contre le pouvoir en place, de mener plusieurs combats. Il n`était pas possible de faire en même temps la lutte pour la recherche de la paix et de rechercher en même temps les voleurs que nous voyions. Nous ne pouvions pas, pendant que nous nous battions avec des armes, les pourchasser. C`eût été augmenter le nombre des ennemis de la République. C`eût été rendre difficile la sortie de la crise. Maintenant la guerre est finie. Nous sortons de la crise. C`est une question de quelques mois. Nous irons aux élections. Ce n`est plus un problème. Maintenant, nous pouvons et nous devons, pourchasser tous ceux qui grippent l`Economie ivoirienne par des malfaçons et par des détournements. Je crois qu`il faut le dire haut et fort. C`est la première leçon que je voudrais indiquer. Et il ne faut pas que sur ce point, quelqu`un se trompe sur notre volonté sur notre capacité et sur notre détermination. Le deuxième point que je voulais souligner, c`est que nous sommes fatigués de crier que l`Afrique est riche, nous sommes le continent le plus riche alors que nous sommes pauvres. A quoi cela sert-il d`être assis sur un sac de diamant, si nous avons faim ? Si nous sommes incapables de transformer ce diamant en argent pouvant nous nourrir. Oui, nous sommes assis sur des puits de pétrole, des mines de diamant, des mines d`or, de bauxite, etc. Mais nous sommes arriérés. Nous sommes le continent le plus arriéré. Cela, nous devons le dire. Nous devons le savoir pour que nous puissions chercher les moyens de sortir de cette situation. Mes frères africains qui êtes là, le moment est passé de crier que nous sommes riches ; qu`on exploite nos richesses``. Non, il faut que nous nous donnions les moyens de transformer les matières premières que nous avons en richesse pour le développement et pour la lutte contre la pauvreté. Tant que cela n`est pas fait, nous sommes un continent pauvre, et ce ne sont pas les pleurs et les gémissements qui changeront quelque chose à cette pauvreté. Je voudrais vous donner un exemple. Les pays arabes n`étaient qu`une longue étendue de désert et puis un jour, ils ont découvert le pétrole. Mais aujourd`hui, ils ont créé des fonds structurels pour le développement de leurs pays. Moi, qui suis un amateur de tennis, nous venons à peine de terminer le championnat de tennis au Qatar. Il y a là-bas des courses de formule 1. Le Qatar se projette à l`extérieur de son pays et dans le monde par ses réalisations gigantesques pour le sport et pour autre chose. J`ai cité le Qatar. On peut citer Dubaï. Il n`y a pas d`Architecte au monde aujourd`hui, qui n`aille visiter Doubaï pour voir. Tout le monde va à Dubaï. Tout le monde voit les réalisations à Dubaï. Il n`y a pas de chef d`Etat qui n`envoie pas d`équipe visiter Dubaï pour voir comment c`est fait. Moi, j`y ai déjà envoyé trois équipes. Ils m`ont ramené des informations utiles. Au-delà de ces réalisations qui ont été faites dans ces pays ; j`ai cité le Qatar, le Dubaï, on peut citer beaucoup d`autres, mais je m`arrête là. Au delà de cela, ils ont créé des fonds structurels qui les aident à faire le développement et qui nous aident à faire aussi notre développement. Nous sommes en train de faire la route Singrobo-Yamoussoukro. Les fonds qui servent à faire cette autoroute de Singrobo à Yamoussoukro, après laquelle nous allons continuer sur le Nord via Bouaké, nous viennent des fonds structurels arabes. La Banque islamique de Développement, le Fonds Koweitien, etc. Nous en Afrique noire, nous sommes assis. Nous crions que nous avons d`énormes potentialités, mais nous ne faisons rien pour mobiliser les fonds. Nous ne faisons rien pour mettre à notre disposition des fonds. Nous ne faisons rien pour transformer ces richesses en fonds structurels pour notre propre développement. Monsieur le Premier ministre de Guinée, je vous assure, j`assure tous les pays de la CEDEAO, que si nous ne faisons rien, d`ici 50 ans, nos fils continueront à crier que nous sommes le continent le plus riche et on sera dans la même situation. On sera toujours dans la même situation. J`ai déjà proposé et je repropose et je reproposerai bientôt à la réunion de la CEDEAO, qu`il nous faut créer en Afrique de l`Ouest certainement, peut-être en Afrique tout court, un fonds structurel de garantie au développement prélevé sur les recettes du pétrole, de la bauxite, du cacao, du café, de l`ananas, de la banane, de l`or, du diamant. Si nous décidons de créer un tel fonds, nos techniciens vont travailler pour savoir comment prélever ces fonds. Mais tant que l`Afrique n`a pas créé un tel fonds, tant que la CEDEAO n`a pas créé un tel fonds, tous les discours sur le développement seront vains. Regardez aujourd`hui, la catastrophe qui s`abat sur le monde avec la crise, trois crises : la crise provoquée par le renchérissement du prix du pétrole brut, heureusement pour nous, les coûts baissent pour l`instant, j`espère qu`ils vont baisser et rester à un niveau bas ; la crise des produits alimentaires et la crise financière. Nous sommes confrontés à trois crises qui nous montrent clairement le retour de l`Etat dans les économies même les plus développés, même chez les plus libéraux. Il est temps que les Etats africains prennent l`initiative d`un tel fonds si nous ne voulons pas dépendre uniquement des dons, des legs et des prêts extérieurs. Là, nous avons les capacités de transformer ce que nous avons en richesse directement. Il est temps que nous créions un fonds de développement pour l`Afrique de l`Ouest. Un fonds de garantie pour le développement de l`Afrique de l`Ouest. Avec une telle garantie, nous pouvons emprunter à l`extérieur. Je vois certains de mes collègues criés : " il y a le G20. Ils vont définir une nouvelle feuille de route. Nous n`en faisons pas partie". Mais, nous n`avons rien et nous ne sommes rien non plus. Moi, je regarde le monde tel qu`il est et non pas tel que je le rêve. Dans le monde, on appelle ceux qui sont forts. On appelle ceux qui ont les moyens de leur développement élémentaire et c`est avec ceux-là qu`on discute. Mais si nous n`avons rien. Si, nous sommes les éternels emprunteurs et les éternels demandeurs de dons, pourquoi voulez-vous qu`on nous appelle, quand il s`agit de décider de gérer l`argent que nous n`avons pas. Là aussi, c`est un combat perdu d`avance. Et puis d`ailleurs, qu`allons-nous faire à cette réunion ? Qu`allons-nous y dire ? Qu`allons-nous y proposer ? La seule chose que nous allons proposer, c`est ce que nous proposons toujours, rendez moins difficile les conditions de prêts au pays sous-développés. Pour dire cela, avons-nous besoin d`être au G20 ? On le dit toujours. Soyons réaliste en Afrique. Nous avons les moyens d`éviter l`humiliation perpétuelle. Nous avons les moyens d`éviter l`humiliation quotidienne. Prenons les moyens pour éviter l`humiliation quotidienne. C`est pourquoi, Monsieur le Premier ministre, Messieurs les représentants des Etats ouest-africains, je vous le propose solennellement. Mais, je le ferai plus solennellement encore à la réunion du 15 décembre à la CEDEAO où je proposerai de créer en Afrique de l`Ouest, un Fonds de Garantie au Développement. Sur ce, je déclare ouvert le premier Forum des mines et de l`énergie en Afrique de l`Ouest.

Que Dieu vous bénisse.
Je vous remercie.

In cotedivoire-pr.ci
NB : Le chapeau et le titre sont de la rédaction LE TEMPS



Source : abidjan.net

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