Le Parti Ecologique Ivoirien



Commercialisation des produits vivriers : Le marché de gros de Bouaké se meurt



jeudi 18 sept par Fraternité Matin
 


marché de gros
La plate-forme éprouve, aujourd’hui, mille et une difficultés à cause de la crise. Les commerçants ont fuit les lieux.
Premier marché d'intérêt national (MIN) d'Afrique, et 136e mondial, le marché de gros de Bouaké (MGB) a payé le prix fort de la crise politico-militaire que la Côte d'Ivoire connaît depuis le 19 septembre 2002. La plate forme, située au cœur de la capitale de la vallée du Bandama, éprouve aujourd'hui mille et une difficultés pour jouer son rôle de promotion et de commercialisation des produits vivriers et agricoles de l'Afrique de l'ouest. Une morosité qui se traduit par la baisse drastique du taux d'occupation du site qui, de 65% avant la crise, atteint difficilement les 29% actuellement. Parce que les opérateurs du marché, craignant pour leur vie durant les cinq années de crise, ont choisi d'autres destinations pour exercer leur profession.
Hélas, ce marché de gros qui était en pleine progression après son inauguration, vit aujourd'hui au ralenti. Il se meurt même. La folle ambiance qui le caractérisait a fait place à la morosité et la tristesse qui se lisent sur les visages des rares commerçants qui opèrent encore dans ce haut lieu du négoce et de transaction de produits vivriers. Les acteurs du marché, opérant dans neuf grandes filières agricoles et d'élevage, prient de tout leur cœur, le retour d'une paix définitive pour la relance de leurs activités. La visite des étals permet d'être édifié sur leur sort.
Un tour du côté des 41 magasins de vente des céréales et légumes nous a permis d'appréhender la souffrance des commerçants. Jadis l'un des plus animés du MGB, ce secteur a perdu de sa superbe. Pis, la totalité des magasins réservés à la banane, au manioc frais, à l'attiéké et à la noix de coco a fermé boutique; les nombreux opérateurs économiques étant partis sous d'autres cieux. A en croire les rares commerçants qui exercent encore sur la plate-forme commerciale, "Le véritable problème auquel nous sommes confrontés, c'est l'abandon du marché par les fournisseurs. Pour vendre, il faut avoir de la marchandise. Aujourd'hui, il n'y a plus de marché. La crise est venue tout gâter. C'est vraiment dur pour nous", indique avec émotion, Ouattara Soumaïla, le président des commerçants du MGB.
Lequel nous révèle que d'une capacité d'accueil estimée entre 50 et 70 chargements de camion par mois, ce secteur très vital du Marché de Gros de Bouaké, ne reçoit pas plus de 15 chargements de produits vivriers de nos jours. Ce qui représente un énorme manque à gagner pour les commerçants.
L'abandon du MGB n'explique pas à lui seul la baisse des acticités. Les nombreuses taxes et tracasseries qui ont été instituées en "loi" par les forces de l'ordre tant en zone gouvernementale que celle sous contrôle des Forces nouvelles, à en croire bon nombre de commerçants, ont contribué à la fuite des opérateurs économiques du site. La preuve, chaque camion de type 10 tonnes chargé qui sort du marché de gros est soumis, au dire des commerçants, au paiement de 25.000 Fcfa, à la caisse centrale du Mpci. Tandis que le double de cette somme est imposé au camion à remorque. Charges auxquelles il faut ajouter 225000 Fcfa pour les frais du convoi de Bouaké aux villes frontalières du Burkina Faso et du Mali, respectivement de Ouangolodou-gou et Pogo. Sans oublier les 1000 F et 2000 F de droits de chargement du MGB. "Avec toutes ces contraintes financières, les opérateurs économiques ne montrent plus d'intérêt pour le marché", dénonce Diawara Bouba, le président de la filière céréales et légumes avant de plaider auprès du gouvernement pour l'annulation pure et simple des droits et autres taxes sur les produits vivriers pour une meilleure sécurité alimentaire des pays de la sous-région.
Pour de nombreux commerçants, outre ces difficultés, la concurrence des zones de production au marché de gros reste un facteur non négligeable dans le non approvisionnement du site en produits.
Si le MGB était la principale destination des acheteurs des produits vivriers, aujourd'hui, tel n'est plus le cas. La clientèle venant du Mali, Burkina Faso, Niger, de la Guinée et même du Sénégal se ravitaille directement bord champ. Ce qui est une concurrence déloyale aux commerçants de MGB, qui restent impuissants devant cet état de fait. "Depuis le déclenchement de la crise, nous ne recevons plus correctement les produits de Katiola, Dabakala, Sakassou, Béoumi, Bouna comme par le passé. Les clients, principalement ceux de la sous-région, préfèrent se rendre dans ces localités de grandes productions de vivriers pour faire leur marché. Cette situation, tout comme le racket et les taxes très élevées, nous gênent dans notre travail ", déplore Koné Lacina "Lasso" commerçant d'ignames. Il affirme ne plus pouvoir faire une recette de 5000 Fcfa par semaine, alors que par le passé, tout allait à merveille.
La cola, produits d'exportation par excellence du marché de gros de Bouaké, apparaît comme le plus touché par la crise. En effet, selon Dao Amara, le directeur d'exploitation du MGB, de 30000 tonnes avant la crise, le volume d'exportation de ce produit agricole très prisé, a drastiquement baissé. Comme dans les autres filières, les commerçants de la noix rouge, blanche et rose ont fui les difficultés liées au ravitaillement du marché de Bouaké, pour s'installer à Danané, Zouhouan-Houin, Soubré, San-Pedro. Des zones de production à partir desquelles, ils acheminent la cola vers Anyama d'où des chargements de Wagon de train sont convoyés au Burkina Faso. "Si nous avons déserté le marché de Bouaké, c'est dû aux nombreuses difficultés que nous rencontrons pour y arriver. Pour faire venir un camion remorque de Danané à Bouaké, les frais de transport peuvent atteindre 900.000 Fcfa. A ceux-ci, il faut ajouter les 250000 Fcfa de dédouanement à Yamoussoukro. Vraiment ravitailler le Marché de gros nous coûte très cher ", déplore Konaté Abdoulaye, un acteur installé à Soubré, venu prendre le pouls du MGB pendant notre enquête.
A l'évidence, la crise a mis à mal le système d'approvisionnement, de réception, d'éclatement et d'expédition des différents flux des produits vivriers du marché de gros. Au grand dam des commerçants de la Capamci (Coopérative des acheteurs de produits de Côte d'Ivoire), de la Cpaci (Coopérative des produits agricoles de Côte d'Ivoire) et de "Cissé Woro", les trois structures leaders dans l'exploitation de la cola du MGB. "Aujourd'hui, le marché est dur. Avec cette concurrence que nous mène Anyama, mais aussi les zones de production, nous avons perdu notre clientèle",déplorepour sa part Compaoré Drissa, le porte-parole de Capamci avant de poursuivre. “En six ans de crise, tous ceux qui travaillent dans le secteur accusent un énorme manque à gagner. Conséquence, nous sommes la seule filière contrainte à s'acquitter chaque fin de mois des frais de location des magasins, qui s'élèvent à 400.000 Frs CFA”.
Un manque à gagner qui, selon plusieurs commerçants, les a obligés à réduire leurs personnels en vue de mieux supporter les charges. D Mamourou fait partie de ceux-là. La main sur le cœur, l'homme exprime avec force la galère des commerçants de cola. "Avant la crise, le marché était porteur. Aujourd'hui, c'est la lutte pour la survie pour tous et chacun. Et c'est à contre cœur, que nous avons dû nous séparer de quelques-uns de nos employés dans l'attente des jours meilleurs" explique -t-il, quelque peu amer.
La baisse d'activité se constate également dans la filière oignon, le premier produit d'importation par excellence. Pour Dao Amara, le directeur d'exploitation du MGB, ce que vivent les commerçants de ce secteur est dramatique. Des chargements d'oignons, soutient-il, venant du Niger ravitaillent directement les marchés de détail de Yamoussoukro, Daoukro, San-Pedro et Abidjan, sans passer par Bouaké qui est en principe la destination initiale.
"Le marché de gros de Bouaké a payé un lourd tribut à la crise. Avec la paix qui point à l'horizon, des mesures urgentes doivent être prise pour le sortir de la léthargie actuelle", souhaite de tout cœur Dao Amara, qui rend du reste un vibrant hommage à tous les partenaires du site pour leur soutien et particulièrement aux opérateurs économiques qui, en dépit des difficultés, ont cru au MGB en y continuant leur activité.
Le soutien politique est d'autant important que le marché de gros de Bouaké est une structure fondamentale à la politique d'intégration sous-régionale voulue par l'Union économique et monétaire de l'Afrique de l'Ouest et appuyée par le ¨Programme indicatif régional (FED).
Diallo Mohamed
Option : L’espoir malgré tout
Malgré le pessimisme qui anime les commerçants du marché de gros de Bouaké, les perspectives sont bonnes pour l'unique Marché d'intérêt national pour le continent africain. En vue de la relance de ses activités, l'administration du MGB a entrepris des actions. Ainsi la mise à jour des fichiers des opérateurs grossistes, des séances de travail ont lieu avec les institutions financières. Au-delà, il s'agit de faciliter les relations avec les commerçants et ce, dans l'optique de l'obtention de fonds de roulement nécessaires à la relance de leurs activités. Outre ces démarches, à en croire les occupants du site, les responsables du marché de gros, pour un meilleur ravitaillement du marché, entretiennent constamment les autorités des Forces nouvelles sur les difficultés auxquelles se trouvent confrontés les opérateurs économiques. Les responsables du marché souhaiteraient la restitution par les autorités de la ville de l'espace commercial à la société de gestion du MGB. En vue de reconquérir la clientèle, ils envisagent d'envoyer incessamment des missions de sensibilisation dans les zones de production pour le retour des opérateurs économiques partis dès le déclenchement de la crise. Des équipes composées de responsables du marché et d'opérateurs économiques se rendront également dans les pays voisins, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger pour susciter le retour des acheteurs sur le site. Des actions qui seront renforcées par un séminaire prévu à Abidjan sur la cola.
Autant d'actions et d'initiatives qui laissent entrevoir le redémarrage des activités du marché de gros de Bouaké.
par Dialo Mohamed
Focus : Forte concurrence de la cola guinéenne
La crise que traverse notre pays a permis à d’autres marchés de gagner en vitalité. Notamment celui de la cola de la Guinée Conakry. Moins dynamique il y a quelques années, le marché de la cola guinéenne est devenu aujourd’hui une destination très prisée par les opérateurs économiques de la sous-région. Un choix au détriment du marché de gros de Bouaké qui trouve sa raison dans les bonnes conditions de transaction qu’offre le marché du pays du président Lansana Conté aux acheteurs. Selon les informations recueillies auprès des commerçants du MBG, les coûts du transport, les frais de dédouanement et autres taxes en territoire guinéen seraient nettement abordables par rapport à ceux, à eux imposés en Côte d’Ivoire. Toujours selon nos interlocuteurs, il en est de même pour le coût du transport d’un chargement de colas d’un camion de 10 tonnes entre Conakry et Bamako. Il varierait de 30.000 F cfa à 50.000 F. Alors que les tarifs sur l’axe Bouaké et Bamako la (capitale malienne), varient de 400.000 à 600.000 F cfa. Soit dix fois plus cher. A ces avantages, les acheteurs de la cola guinéenne bénéficieraient d’un dédouanement à moindre coût et d’une sécurité garantie par les forces de l’ordre de la Guinée sur tout le long de leur trajet.
Une politique de «charme» des autorités guinéennes qui, aujourd’hui, a permis à la cola de leur pays de prendre une part du marché de la sous-région aux opérateurs économiques du marché de gros de Bouaké. Avec le retour d’une paix définitive en Côte d’Ivoire, la filière ivoirienne retrouvera-t-elle ses lettres de noblesse ?
Cela est une autre paire de manches.
D. M
Repères
Capacité. Bâti sur une superficie de 28 ha, le marché de gros de Bouaké a une capacité d'accueil de 370 magasins pour 2500 opérateurs économiques grossistes, collecteurs et manutentionnaires qui animent les 9 grandes filières. Il est dirigé par une équipe de professionnels avec à leur Djibo Nicolas.
Réalisation. Financée à hauteur de 18 milliards de Fcfa par l'Etat de Côte d'Ivoire (BSIE) et l'Union européenne (FED), l'œuvre a été concédée pour son exploitation et son développement au "MGB", société d'économie mixte d'exploitation du marché de gros de Bouaké au capital de 100 millions de francs cfa.
UEMOA. Inauguré le 16 avril 1998 par le ministre Akon Nicolas en présence des autorités politiques du Burkina Faso, du Mali, de la Guinée et du Niger, le marché de gros, appelé communément le marché des marchés, a pour mission première d'assurer la sécurité alimentaire de l'espace Uemoa.
Actionnariat. Il comporte 12 grands actionnaires dont la Chambre de commerce et d'industrie qui détient la majorité des actions avec un taux de 51% du capital, suivie de la mairie de Bouaké 20% et l'Ocpv (Office pour la commercialisation des produits vivriers) 10%.
Dettes. Du fait de la crise, le MGB traîne des factures impayées d'électricité de 36 millions de FCfa. Il doit aussi 25 millions à la Sodeci. Et 8 millions de Fcfa à la société de gardiennage Vigassistance.

Source : fratmat.info

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