Le Parti Ecologique Ivoirien


Tiburce Koffi parle de la lutte contre l`insalubrité : “Soutenir et dénoncer Mel Théodore”



   Publié le: 12 Mars 2008 - Par le Nouveau Reveil
 

 

Insalubrité : égout et trottoirs bordéliquesIl y a de cela quelques semaines, de nombreux journaux de la place avaient affiché à la une, un fait qui, dans un pays normal, aurait dû relever du ” fait divers banal, mais qui, dans notre pays, a pris des allures d’affaire grave : une opération d’assainissement urbain menée à Adjamé, sous l’autorité du ministre Mel Théodore, chargé de l’amélioration de notre cadre de vie. Ce n’est pas la première fois qu’un maire de la ville d’Abidjan se plaint de la conduite d’une telle opération ; et il me souvient que Mme le maire de Port-Bouët avait, elle aussi, protesté contre la démolition (par les services du gouverneur du District d’Abidjan, Pierre Amondji), des taudis qui participaient du ‘’décor'’ urbain et insolite de sa commune. La question de la gestion de nos cités urbaines par nos maires se trouve, une fois de plus, posée. Citoyen de mon pays, et n’ayant jamais eu de cesse de m’insurger de manière outrancière contre l’insalubrité choquante de nos villes (principalement Abidjan) et la ‘’ghettoïsation'’ qui lui est consécutive, je ne saurais rester muet devant l’avalanche de propos déplacés que le maire d’Adjamé a adressés à l’encontre du ministre Mel Théodore, suite à la récente opération qu’il a menée dans le quartier nommé. Que reproche l’illustre magistrat de cette commune au ministre Mel Théodore ?

(Re) lisons les propos de ce maire : ” Mel est passé, il a détruit les magasins des citoyens qui n’ont rien demandé à l’Etat, ni rien fait. (…) Les jeunes qui sont sur le trottoir sont nos diplômés qui viennent de l’université. Certains ont la licence, d’autres la maîtrise et le gouvernement n’ a rien n’a leur trouver. Nous leur avons permis de s’installer sur le trottoir pour vendre les téléphones cellulaires. (…) Mel demande qu’on les enlève sur le trottoir, où vais-je les mettre ? (…) “. Oui, vous avez bien lu ! Si je comprends bien M. le maire d’Adjamé, le trottoir est le seul endroit, dans une cité urbaine comme Adjamé, où des vendeurs peuvent exercer leurs commerces. Quel est donc l’espace qui est laissé aux piétons ? De ce qui ressort de sa réaction, le ministre Mel a, effectivement, pris soin d’informer l’autorité concernée - le maire qu’il est. Mais le premier magistrat de cette cité entendait régler cette question par ” le dialogue “. Il ne nous dit pas quelles sont les démarches qu’il a entreprises, lui, pour faire déguerpir des trottoirs, les occupants illégaux de ces espaces si importants dans la vie d’une cité urbaine. Je le répète : les trottoirs ne sont pas des lieux de commerce…

Bref, au-delà de toutes les spéculations possibles que nous pouvons faire sur cette opération, il y a une évidence que nous devons comprendre : dans ce pays, on a fini par nous accommoder du fait anormal ; on a fini par travestir l’illégal en droit. On a surtout fini par composer avec la saleté, l’insalubrité, le désordre, l’anarchie, la laideur urbaine ; on a fini par renoncer à la qualité de la vie qui signe la différence entre l’être humain et l’animal. Et M. le maire d’Adjamé, comme tous les autres maires de ce pays, notamment ceux d’Abidjan, s’est installé tout tranquillement dans la conviction qu’il a le droit d’avoir une commune sale, désordonnée, sans foi ni loi. Une commune de la vie impossible et absurde. Et gare à celui qui voudrait y mettre de l’ordre !

Il n’y a ainsi plus de trottoirs à Abidjan. Notre capitale est devenue une ville marchande, une ville boutique. Chaque maire se fait même un point d’honneur à ‘’ghettoïser'’ sa commune et à la transformer en un marché. Ne parlez pas d’espaces verts à Adjamé, Treichville, Marcory, Port-Bouët, etc., même à Cocody le quartier de la bourgeoisie ivoirienne. Tout est devenu espace de commerce ; en somme, de recherche d’argent : l’argent, la seule chose que ce régime aime et à laquelle il éduque ce peuple. Sur les campus et autres résidences universitaires, l’activité principale est à la construction d’espaces de beuverie et de dépôts de boissons alcoolisées, pour gagner de l’argent. Sur nos artères, les policiers placent des pneus pour empêcher les citoyens de rouler, afin de pouvoir les racketter : ils cherchent de l’argent. Choquante, est l’activité commerciale développée autour de la ‘’Cité rouge'’, de la ‘’Cité Mermoz'’ et du campus de Cocody. Ces résidences sont devenues des marchés communaux, et le maire des lieux semble veiller à en bien conserver l’insalubrité, à cultiver toute la tradition du vacarme qui y règne, ainsi que le désordre qui vous y accueille. Manque d’ambition pour la jeunesse
Les trottoirs ! Parlons-en toujours. Le maire d’Adjamé affirme : ” (…) Les jeunes qui sont sur le trottoir sont nos diplômés qui viennent de l’université. Certains ont la licence, d’autres la maîtrise et le gouvernement n’a pu leur trouver du travail… ” Sidérant !

Ainsi le maire d’Adjamé est convaincu que l’activité qui sied aux jeunes diplômés de sa commune, sortis de nos universités, est d’exercer une activité marchande sur le trottoir ! Et quelle activité !!! Nous voulons bien comprendre son souci de chercher à lutter à sa manière contre le chômage. Mais est-il impossible d’aménager, au bénéfice de ces jeunes, des espaces marchands ou commerciaux salubres, bien ordonnés et agréables à voir ? En clair, y a-t-il vraiment incompatibilité entre l’esthétique et l’utile ? Là, est la question. Le ministre Mel a tranché. Non. Et il a raison. L’opération qu’il a menée à Adjamé est donc fondée. C’est pourquoi, il faut l’encourager dans cette voie. Je suis de ceux qui ont toujours pensé que l’insalubrité ne saurait être ni une qualité ni une malédiction ; le désordre, le vacarme, l’indiscipline, encore moins. Ce sont des tares, et nous devons les corriger. Non, M. le Maire d’Adjamé, le destin de jeunes sortis de nos universités ne saurait être de mener de misérables activités commerciales sur le trottoir. Dans un pays sous développé comme le nôtre, il devrait y avoir de la place pour les jeunes diplômés, sur les vrais chantiers du développement. Occuper le trottoir est un acte illégal que le Premier magistrat d’une cité ne saurait encourager. Et ce n’est pas non plus et uniquement au gouvernement qu’il incombe de trouver du travail aux jeunes diplômés. Une commune, comme celle d’Adjamé, génère des ressources financières, d’énormes ressources d’ailleurs. Qu’en faites-vous, M. le Maire ?

Il appartient aussi et même surtout aux mairies de trouver des réponses au problème du travail. Comment procéder ? Ce n’est pas à moi de vous le dire. C’est vous qui avez voulu être le maire de cette commune, et non moi ; vous et votre cabinet (tous payés par l’argent du contribuable) êtes sensés détenir la solution aux problèmes des jeunes de votre commune. Je suis certain que, lorsque vous briguiez la mairie, vous leur aviez promis autre chose qu’un ‘’destin de trottoir'’ ; autrement, ces jeunes ne vous auraient jamais donné leurs voix. Respectez donc vos promesses, M. le maire. Il apparaît qu’en réalité, la plupart de nos maires ne savent même pas ce que c’est qu’une ville ; pas plus que nos dirigeants, ce que c’est qu’un Etat, une République, une Nation. Il faudrait les civiliser (les maires) et les instruire (les dirigeants) à ces notions.
Tout de même curieux,
ce Mel Théodore

Le maire d’Adjamé a traité le ministre Mel de lâche et de voyou. Le propos est certainement discourtois, inconvenant et même grossier. Mais, à y bien examiner les choses, ce maire n’a peut-être pas tout à fait tort d’agir ainsi. Il est effet étonnant de constater la rage (utile et salutaire - je le reconnais) avec laquelle M. Mel Théodore s’est acharné sur les étalages insalubres et disposés de manière anarchique d’Adjamé, et, en comparaison, l’inertie apparente qu’il affiche, face au même désordre et à la même insalubrité qui règnent dans des communes comme Cocody et le Plateau. Cocody, le Plateau : attardons-nous sur ces deux communes. Qu’est-ce qui justifie le fait que les trottoirs de la ‘’Cité Mermoz'’ soient occupés par des maquis et des dépôts de boissons alcoolisées, sans que ni le maire ni le ministre Mel n’en soient indignés ? Qu’est-ce qui justifie l’occupation des trottoirs de la ‘’Cité rouge'’ par une activité commerciale illégale, tolérée, et apparemment encouragée par le Premier magistrat de cette cité, sans que cela n’émeuve Mel Théodore ?
Le Plateau : ici, le scandale de la Sorbonne et des jardins (nos beaux jardins d’hier) saccagés par la canaille. Ah, cette Sorbonne infecte, sale, dégoûtante, anarchique. Tous les trottoirs de cette zone sont occupés par des étalages du même style (sales) qu’à Adjamé. Tout Ivoirien sait qui occupe la Sorbonne et les activités qui s’y déroulent. Questions-conséquentes :

- Pourquoi donc, Mel Théodore, ministre et chef de parti membre de la mouvance présidentielle (donc un affidé des refondateurs et un ‘’suiveur'’ de Gbagbo) ne s’attaque-t-il pas à Cocody (dirigé par un maire refondateur) et à la Sorbonne du Plateau (un espace placé sous le contrôle des refondateurs - même si le maire Akossi Bendjo est un militant du PDCI ?)
- S’il devrait y avoir des espaces à ‘’dératiser'’, ne sont-ce pas, en priorité, Cocody et le Plateau ? Pour ce que représentent ces deux communes ? Cocody (le quartier de la bourgeoisie - qui doit donc donner l’exemple en matière de qualité de vie) et le Plateau, la vitrine de l’urbanité ivoirienne ? Encore une fois, l’exemple ne devrait-il pas venir des plus nantis ?
- Si Mel s’était d’abord attaqué aux quartiers des nantis avant d’en arriver à Adjamé, le maire de cette dernière commune n’aurait-il pas obtempéré et renoncé à toute objection et obstruction à son action ? Ma réponse est affirmative. Le maire d’Adjamé aurait accepté la mesure, de bonne foi, parce que persuadé qu’il s’agit effectivement là, d’une opération de salubrité publique d’intérêt collectif. Mais ce ne fut pas le cas : Mel s’est en réalité acharné sur Adjamé (comme il aurait pu le faire d’Abobo), parce que ce sont des quartiers dirigés par des maires RDR qu’il a cherché, visiblement, à mettre en difficulté, sous le prétexte d’opération de salubrité urbaine. L’acte qu’il a posé est donc un acte de sabotage et de représailles politiques. Et le maire d’Adjamé (très politisé) a compris cette démarche peu saine, cette attitude peu honnête du ministre Mel ; d’où l’explication du caractère offensif et injurieux de sa réplique : ” Mel et un lâche et un voyou “.

Oui, de ce côté-là, on doit pouvoir comprendre la réaction du maire d’Adjamé : Mel ne sera pas capable de poser le même acte au Plateau (plus précisément l’espace de la Sorbonne) ni à Cocody (régi par un maire refondateur). Nous l’observons, et tous, sommes curieux de le voir aller détruire les ghettos du campus, les maquis insalubres (et construits de manière anarchique) des ‘’Cités Mermoz'’ et ‘’Château d’eau'’ de Cocody. On peut parier qu’il ne le fera pas. Parce qu’il a peur des autorités (légales et informelles) qui règnent sur ces espaces.

De la qualité de la vie
Un des grands traits de la refondation, est la culture de l’anarchie, de la loi du plus fort. Plus d’un Ivoirien l’a constaté. Le règne des refondateurs est venu amplifier l’indiscipline qui s’est emparé des Ivoiriens depuis la deuxième moitié des années 1980, surtout en matière d’urbanisation. L’occupation stupéfiante des espaces verts de la ‘’Cité des arts'’ de Cocody par des maisons (des duplex) construits en dépit du bon sens (sur le double plan architectural et esthétique) date de ces années. Des gens, parce qu’ils avaient de l’argent, avaient commencé à construire des villas sur les espaces verts. Le phénomène s’est accru au cours des années 1990 ; et, aujourd’hui, c’est devenu comme une pratique légale d’occuper les espaces verts de ce quartier - jadis un fleuron urbanistique conçu dans la tradition naissante (en Afrique) de la ” Ville Nouvelle “.
J’ai déjà eu à dénoncer la construction de cette monstrueuse villa qui se trouve au flanc d’un collectif immobilier, à la ‘’Cité des arts'’, au carrefour de la RTI. Le propriétaire des lieux doit être, certainement, un refondateur ou une connaissance du ministre de la construction ou du maire de Cocody ; car malgré toutes les protestations des habitants de l’immeuble d’à côté, cette grosse villa cossue a été construite, au mépris de la qualité de vie des habitants de l’immeuble en face ; pis, le propriétaire de cette villa ne s’est pas gêné de grignoter sur l’espace communal. Qui a donné à cet homme l’autorisation de construire là ?…

Il y a pire. Récemment, une opération de destruction des baraques a été entreprise au quartier ” les vallons ” de Cocody-les-deux plateaux. Opération salubre et salutaire, car elle a consisté à libérer cet espace alors occupé, de manière anarchique, par des commerçants installés-là, dans la légalité (ils payaient des taxes à la mairie) anormale. Et nous avions (re) découvert du coup, la beauté des ‘’Vallons'’, la qualité architecturale de ce quartier, l’aération des lieux (les habitants avaient commencé à respirer mieux), le calme inspirateur alentour, les espaces de repos et de balades amoureuses prévus dans ce quartier, etc. Mais la joie des habitants sera de courte durée ; car quelques jours après, nous avons constaté, ahuris, que des gens étaient en train d’élever des immeubles… devant les immeubles habités !…

J’ai appris que les habitants du quartier ont mené des démarches pour protester contre l’édification de ces buildings devant les collectifs immobiliers qu’ils occupent depuis des décennies, comme ils avaient déjà eu à protester contre la construction des baraques qui les avaient ceinturés. Je sais que leurs plaintes n’y changeront rien. Ces immeubles seront construits, au mépris de la qualité de vie des habitants des lieux ; ces immeubles seront construits au mépris du bons sens urbain. Les nouveaux millionnaires de ce pays qui vit désormais sous la loi du plus fort et du plus riche, viendront enlaidir ce beau quartier d’hier, malgré les tonnes de protestations que les habitants du quartier déposeront à la mairie de Cocody, au ministère de la construction, au District d’Abidjan, chez Mel Théodore. Rien ! Les refondateurs sont au-dessus de la loi. Ah ! Comme nous serions pourtant fiers du ministre Mel Théodore (moi ainsi que de nombreux abidjanais amoureux du beau visuel) s’il pouvait empêcher la construction de ces immeubles devant les vallons ! Allez-y, monsieur le Ministre, du courage. Nous vous soutenons. Ce qui est en train de se passer aux ‘’Vallons'’, est inadmissible, M. le ministre. Faites-y un tour, interrogez les habitants de cette cité. Ils sont scandalisés ! Mais, que peuvent-ils faire ? Nous sommes sous le pouvoir des refondateurs ; c’est-à-dire sous l’emprise de ceux qui ont de l’argent et qui détiennent la force physique répressive et dissuasive. M. le ministre Mel, montez aux créneaux (comme on dit). Faites arrêter la construction de ces immeubles. C’est un véritable scandale environnemental. Y mettre fin sera une grande opération de salubrité morale, esthétique, architecturale, urbanistique. Et nous soutiendrons désormais vos actions, toutes vos actions de démolition des espaces insalubres et malsains.
En toute citoyenneté,
Tiburce Koffi
E-mail : tiburce_koffi@yahoo.fr
Cel: 66-10-79-61 




Source : news.abidjan.net/presse/lenouveaureveil




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