Le Parti Ecologique Ivoirien


Face aux infiltrations multiples : PEUT-ON SAUVER LA FORET IVOIRIENNE ?




Mercredi 29 mai 2008 - Par Fraternité Matin
 

Peut-on sauver la forêt ivoirienne ? Si oui, comment s’y prendre ? Après avoir expérimenté, sans grand succès plusieurs stratégies, la Société de développement des forêts (Sodefor) qui en fait son cheval de bataille, a lancé depuis quelques mois un concept nouveau, celui de la contractualisation qui donne une existence légale aux exploitants clandestins installés dans les forêts classées tout en leur conférant des obligations, celui notamment e payer un loyer de 12 000 F par an et par hectare de terrain exploité.

Les planteurs devront s’engager, en outre, à ne pas faire de nouveaux défrichements, ni renouveler leurs plantations. « Sont concernées par cette nouvelle approche les cultures pérennes en production. Les cultures non en production seront systématiquement détruites », faisait savoir l’un des conseillers techniques du directeur général de la Sodefor, M. Kadjo Adjoumani lors du lancement de la campagne de sensibilisation des paysans installés dans la forêt classée d’Irobo.

La tâche s’annonce difficile si l’on s’en tient aux réactions de désapprobation qui ont fusé sans la salle des fêtes de la mairie de Sikensi, théâtre de la cérémonie. Ces planteurs qui laissent entendre une claire conscience de leur part sur l’importance et les bienfaits de la forêt sur l’environnement, ils s’arc-boutent cependant sur leurs intérêts concentrés dans ces « occupations » parfois vieille de 20, voire 30 ans. « Il faut déclasser certaines forêts et nous y réinstaller », proposait, pince-sans-rire, un notable de la région quand un autre exploitant agricole, M. Aka Félix, revendiquait, lui, une occupation « légale », avec la bénédiction du ministère de l’Agriculture dont il détient une lettre d’attribution délivrée à feu son père dont il est l’héritier. « Si c’est une erreur de l’administration, elle doit être assumée par celle-ci », n’arrêtait-il de pester devant la perspective de devoir abandonner un domaine de 550 hectares de palmier à huile et d’hévéa, avec écoles, centre de santé… A l’évidence, ce domaine a nécessité un investissement colossal auquel se greffe une dimension sociale qu’il se fait fort de souligner : « J’emploie près de 100 personnes qui vont se retrouver au chômage si ce projet est exécuté sans discernement ».

Ces appels seront-ils entendus ? Rien, n’est moins sûr, si l’on s’en réfère à ces deux bouts de phrase du représentant du directeur général de la Sodefor : « On dénombre plus de 900 chefs d’exploitation recensés (dans la forêt d’Irobo, Ndlr) pour environ 8 000 hectares occupés. Ces personnes ont le choix entre adhérer à la politique de contractualisation en en acceptant les
conditions ou se faire déguerpir de la forêt classée, ce qui est synonyme de perte des investissements réalisés ». La marge de manœuvre des occupants des forêts classées est, manifestement, ténue. Mais c’est, semble-t-il, le prix à payer pour la réussite de ce programme qui présente un « enjeu majeur pour l’avenir de la forêt », dixit M. Kadjo Adjoumani.

La convention qui va lier les paysans à la Sodefor leur commande, entre autre interdictions, de ne pas faire de nouveaux défrichements, ni étendre ou renouveler leurs plantations et d’accepter que leurs parcelles soient reboisée par complantation, politique qui consiste à « reboiser à faible densité avec des essences locales à croissance lente dans les cultures pérennes en production ».
A Abengourou où elle est expérimentée déjà, les choses se dérouleraient très bien selon les responsables de la Sodefor qui pensent avoir trouvé là le moyen le plus efficace de restaurer et sauver la forêt ivoirienne.

La Société de développement des forêts gère 231 forêts classées d’une superficie totale de 4 196 000 hectares, occupée aujourd’hui à près de 50% par des plantations de café, cacao, palmier à huile ou hévéa qui produisent 20 à 25% de la production nationale. Une réalité qui situe la complexité du problème et explique que la politique de la carotte ait été privilégiée à celle du bâton dans la récupération des parcelles du patrimoine national illégalement occupé par des gens qui, somme toute, affichent un certain poids dans l’économie ivoirienne.

ELVIS KODJO
kodjo@fratmat.info


Source : fratmat.info

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