Le Parti Ecologique Ivoirien



Gobelet  :  l’autre face d’Abidjan


vendredi 13 juin 2008 - Par directabidjan.com


Abidjan la perle des lagunes. Capitale économique de Côte d’Ivoire. Ses larges avenues, ses tours, ses imposants bâtiments et ses luxueuses villas lui donnent l’allure fière des grandes villes d’Europe. Chose qui impressionne tout visiteur qui arrive pour la première fois dans cette ville. Mais Abidjan c’est aussi est une ville de contrastes. Il n’y qu’à parcourir ses quartiers précaires, mais surtout le bidonville de Gobelet pour découvrir son autre facette, disons, la face hideuse d’Abidjan. Visite guidée.

Le nom de ce bidonville est suffisamment évocateur. Ceinturé par les quartiers huppés et pleins d’opulence des Deux-Plateaux, Angré et Attoban, la particularité de Gobelet vient d’abord de sa forme ovale et creuse, qui ressemble au récipient du même nom. En effet, ce quartier précaire est situé dans un gros ravin où il s’étale comme un amas de ferrailles rouillées. 

Surpeuplé en majorité par des immigrés de la sous région ouest-africaine, Gobelet a vu accroître sa population depuis la crise du 19 septembre 2002. Des Ivoiriens déflatés ou déplacés de guerre sont venus grossir le nombre considérable des habitants de ce bled.

Circuler à travers Gobelet relève d’un exploit de cascadeur. Aucune voie d’accès n’y mène. Seuls quelques labyrinthes entre les baraques servent de passage. Bien que Gobelet bénéficie de l’eau courante et de l’électricité, la distribution de ces services se fait par des revendeurs véreux. Des kilomètres de fils électriques et de tuyaux enchevêtrés empruntant des voies sinueuses et tortueuses, achèvent de convaincre sur le désordre qui règne en ces lieux.

Ce quartier n’aurait jamais dû exister
« Ce qui impressionne, ce sont ces maisons contiguës, à peine de la taille d'une cuisine et qui abritent de nombreuses familles… Si les normes en matière d’urbanisme étaient respectées en Côte d’Ivoire, ce quartier n’aurait jamais existé, parce que Gobelet est un domaine d’Etat considéré comme un lot de déverse », souligne amer un riverain des Deux-Plateaux. La pauvreté, l'insécurité, la drogue et la prostitution règnent en maître absolu dans ce bidonville. « Ici, c'est la loi du plus fort », raconte Fatou Koné, une vendeuse de légumes.

La criminalité et la violence en tout genre trouvent donc dans cette misère un terreau fertile. Au dire de certains habitants, « ce quartier est un lieu de transit pour les grands bandits. Lorsqu’ils commettent des vols ailleurs, ils se dirigent vers ici pour échapper à la police ». Le problème de drogue y est aussi très récurant. « Ce qui explique les descentes régulières de la police qui très souvent effectue des saisies ici », témoigne Kamara Alahassane, un ressortissant guinéen, la quarantaine passée. À cela s’ajoutent les risques liés aux catastrophes naturelles. Ce d’autant plus que la zone est particulièrement exposée aux inondations et autres glissements de terrain…

En saison de pluie, vivre à Gobelet devient périlleux. L’accumulation de déchets, absence de latrines et d’assainissement, pollution de l’air. Un environnement qui pèse gravement sur la santé des habitants.

Sans écoles et sans aucun équipement sanitaire, les populations livrées à elles-mêmes s’organisent comme elles peuvent. Des écoles boutiques, pour disent-ils « maintenir le niveau des enfants ». L’école publique la plus proche se trouve à 3 km du quartier. Une distance qui n’encourage pas certains parents à scolariser leurs enfants. Surtout qu’ils ont du mal à joindre les deux bouts. « On nous a oubliés », se plaint Beugré Babo, étudiant. L’école est donc un luxe dans ce quartier et les enfants sont contraints d’aider leurs parents dans la recherche de la pitance quotidienne.

« Je suis pompiste dans une station d’essence. Je gagne 20 000 F Cfa par mois pour nourrir une famille de 6 personnes. Un repas par jour est donc un privilège que nous peinons à nous offrir. L’environnement est empoisonné à cause des déchets qui jonchent toutes les voies du quartier... Vous ne pouvez pas savoir le nombre de gens victimes de crime et de viol ici. Des criminels viennent se cacher ici et personne ne peut les identifier étant donné la configuration de nos habitations. Le taux de femmes qui font des fausses couches est très important en raison de l’enclavement du quartier. Et personne ne s’en occupe et ne s’intéresse à nous qui vivons dans ce quartier précaire. Tout ça est inacceptable. Nous ne sommes pas considérés comme des êtres humains », se désole Guissou Marc, un des doyens du quartier, assis devant sa porte, scrutant l’horizon.

Et peu plus loin, à la fenêtre d’une masure brinquebalante, faite de bric et de broc, Assetou interpelle son fils qui joue non loin d’un tas d’ordures. Son mari, Bouréima, ne travaille pas depuis 4 ans. Dame Assetou, avec son petit commerce de fruits, pour nourrir toute la famille. 8 personnes au total qui occupent les 9m². Seule distraction, un poste téléviseur qui trône sur une chaise.


C’est quoi la démocratie quand nos enfants sont emportés par les eaux de ruissellement ?
Dans une ruelle en pente, des enfants tapent dans un ballon de foot. Les plus grands, discutent bruyamment de football devant un vidéo club. Le football est roi ici aussi. Puis, quand le football n’arrive plus à distraire le sombre quotidien, on s’en remet au gbêlê (alcool frelaté). Le seul alcool que peuvent se payer les jeunes de Gobelet.

« En Côte d’Ivoire, la terre appartient à l’Etat, affirme Zouzou Hervé, 23 ans, du quartier de Angré, pour expliquer cette expansion du bidonville. Les gens envahissent les espaces libres et construisent des taudis qu’ils font louer. » Quant à Gilbert, lui, habite, Gobelet. « Je suis né ici. », clame-t-il fièrement. « Les pauvres aussi ont besoin de se loger », finit-il par lancer avec exaspération.

Révolté, Sagara Oumar, dénonce : « Les autorités font beaucoup de promesses en public pour montrer un visage vertueux, mais rien ne se passe. Combien de temps faudra-t-il que nous parlions pour être entendus ? Il y a quelques semaines, un enfant d’environ un an est mort brûlé dans la maison. Combien faut-il de morts avant que ces autorités réagissent ? Les riches deviennent plus riches, et les pauvres plus pauvres. Le fossé s’agrandit. Mais je pense que nous sommes censés partager : ceux qui ont de l’argent à ne plus savoir qu’en faire doivent aider ceux qui n’ont rien, c’est ça aussi la démocratie... A l’approche des élections, les hommes politiques viennent tous ici pour rechercher des voix. Mais c’est quoi les élections pour quelqu’un qui n’arrive pas à manger ? C’est quoi la démocratie quand nos enfants ne peuvent pas aller à l’école ? C’est quoi la démocratie quand nos enfants sont emportés par les eaux de ruissellement ? Rien du tout. »

Les enfants de Gobelet, sales, dépenaillés, agressifs, n’ont plus rien de commun avec les autres enfants. L’amertume qui suinte à travers les propos qu’ils tiennent n’a de commune mesure que la misère qu’ils vivent et qui fait d’eux des êtres marginaux. La plupart de ces gamins sont des revendeurs de papiers Lotus et de cigarettes qu’ils sont nombreux à fumer. S’ils ne sniffent pas tout simplement de la colle forte. Pour supporter la faim. Mais c’est cela aussi l’autre face de la perle des lagunes.

Serge Grah

 




Source : directabidjan.com

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