Le Parti Ecologique Ivoirien



Ernest N'Koumo Mobio (Ancien maire central  : “Mes propositions pour sauver la ville d'Abidjan”



vendredi 04  juillet 2008 - Par Nord Sud
 

En marge du récent séminaire du peuple Tchaman (Ebrié) dont il est aujourd'hui l'un des sages, Ernest N'Koumo Mobio,  ancien maire d'Attécoubé et ex-maire central de la ville d'Abidjan a accepté de lever un coin du voile sur sa vie de retraité. Interview.

Ancien maire central à la retraite, quel regard jetez-vous  sur la Ville d'Abidjan que vous avez gérée pendant 20 ans?

Je pense que ce qui se passe au niveau d'Abidjan correspond à la vision de ceux qui nous gouvernent. Je ne veux pas apprécier l'action qui est menée à Abidjan, encore que je pense qu'on pouvait mieux faire. Tout dépend des moyens qui sont mis à la disposition des dirigeants actuels. En ce qui concerne par exemple les ordures ménagères, c'est plus un problème de moyen qu'un problème technique.

Concernant justement la gestion des ordures, quelle comparaison faites-vous entre votre gestion et celle d'aujourd'hui ?

Sous mon mandat, les problèmes existaient, mais Abidjan n'a pas connu la gravité de la situation d'aujourd'hui.  On ne peut pas ramasser les ordures sans moyen. Et puis, il y a trop d'intervenants sur le terrain, de sorte que personne, en fin de compte, n'est responsable. Il faut avoir une unité d'action et un seul responsable pour l'action. L'une des difficultés des responsables actuels réside dans l'insuffisance des moyens et un contrôle rigoureux du travail par une structure technique étrangère aux services municipaux.     

Qu'est-ce qu'il en était à votre temps ?

En ce qui concerne le financement, il y avait deux sources. La première, c'étaient les subventions de l'Etat destinées au ramassage des ordures ménagères.  La seconde source était constituée par  les ressources propres de la Ville d'Abidjan, et les contributions importantes des communes pour le ramassage de ces ordures. Aujourd'hui, les choses ont changé. Peut-être que cela était nécessaire. Mais, les résultats obtenus nous commandent une autre solution.   Il faut à mon avis que les communes se regroupent pour créer un instrument commun chargé de la gestion des ordures ménagères. Il faudrait également imaginer d'autres taxes pour accroître les ressources destinées au ramassage des ordures ménagères.

Pouvez-vous être plus précis ?

Nous avons proposé, compte tenu de l'augmentation des charges relatives aux ordures ménagères, qu'on élargisse les taxes issues de l'électricité basse, moyenne et haute tension. Nos calculs donnaient un peu plus d'un milliard de Fcfa de ressources additionnelles. Il faut également récupérer les taxes sur l'eau, destinées à payer les ordures et retenues par la Cie (Compagnie ivoirienne d'électricité) pour payer l'éclairage public. 

Vous proposez l'unicité de la gestion. Que pensez-vous de l'Anasur, structure étatique mise en place par le ministère de la Ville pour gérer les ordures ménagères?

La loi confère aux communes la gestion des ordures ménagères.  Les maires sont compétents pour le faire si on leur en donne les moyens. La superposition des structures ne résoudra pas ce problème. 

Abidjan c'est aussi la lagune Ebrié qui est aujourd'hui polluée et ensablée en plusieurs endroits. Quelle appréciation faites-vous de cette situation ?

La pollution et l'ensablement de la lagune me sont insupportables. Le fait de multiplier les responsabilités donne finalement ce genre de résultat. On ne sait pas qui s'occupe de la lagune et personne ne nous dit ce qu'on veut en faire. J'ose espérer dans ce domaine que l'intérêt particulier ne supplantera pas l'intérêt général. 

Qui s'en occupait à votre époque et comment cela se passait-il?

La dépollution de la lagune et l'assainissement étaient du ressort des ministres de la  Construction et de l'Environnement. L'enlèvement des salades d'eau et l'embellissement des bordures étaient de la responsabilité de la Ville d'Abidjan. De très gros investissements ont été consentis. Le Bnetd peut en témoigner. Ce qui se passe est tout simplement scandaleux.  

A l'Indenié, l'ensablement de la lagune a obstrué le passage des eaux de ruissellement. Ce qui provoque des inondations à ce carrefour ? Que pensez-vous de cette situation 

Je ne me permettrai pas de qualifier ce qui se passe à l'Indenié. Il est vrai que l'Indenié fait partie de la Ville d'Abidjan, mais l'Indenié n'est pas le point focal de la Ville d'Abidjan. Comment peut-on investir des sommes aussi importantes pour faire ce que nous voyons à l'Indenié ? Personnellement, je n'apprécie pas cela. On aurait dû mettre cet argent à la disposition du gouverneur du district d'Abidjan et des maires pour ramasser les ordures ménagères et embellir la ville.  

Le Bnetd soutient que les inondations en cet endroit sont dues au manque d'entretien des ouvrages de canalisation, certainement installés lorsque vous étiez aux affaires. Qu'avez-vous fait pour prévenir ce qui se passe aujourd'hui ?

   Les dégâts causés par les dernières pluies ont fait apparaître les points faibles des travaux d'aménagement de l'Indenié. Il est hautement souhaitable de faire intervenir les compétences appropriées pour assurer une fin des travaux en cours.  

Avec d'autres cadres Tchaman, vous venez d'organiser un séminaire sur la problématique des terres et des plans d'eau d'Abidjan. Quelles en sont les motivations ?  

Avant de formuler des requêtes au gouvernement, en tant que cadres et dirigeants de nos villages à l'intérieur du district d'Abidjan, nous avons voulu faire l'état des lieux.  Vous savez que la lagune et le foncier constituent les grosses mamelles du développement dans notre région. Ce séminaire devait nous permettre de connaître les avantages que nous pouvons tirer de ces deux secteurs. Le constat que nous faisons est que nous avons consenti beaucoup de sacrifice pour le développement d'Abidjan et   les profits que nous avons tirés ne sont pas à la hauteur de ce sacrifice.  

Les terres sont pourtant vendues par les villageois eux-mêmes…   

Certainement que nous ne sommes pas étrangers à la situation présente. Mais quelle est la raison des ventes de terrain ? C'est la récupération   des terrains par l'Etat sans indemnisation conséquente. Pour ne pas se laisser prendre leurs terrains, la  seule chose à laquelle pensent les propriétaires, c'est de les vendre. Aujourd'hui, les lots attribués aux villageois sont repris par l'Administration et vendus au motif qu'ils ne sont pas mis en valeur. 

Que feriez-vous à leur place?  

Les droits coutumiers ne sont-ils pas purgés lorsqu'un terrain doit entrer dans le domaine public ?

Il y a deux sortes de droits coutumiers : l'indemnisation financière et les terrains de compensation. Mais, ces terrains de compensation sont encore récupérés par l'Etat pour cause d'insuffisance de mise en valeur.  

Pouvez-vous  citer des cas concrets ?

A Abobo Baoulé, les responsables affirment que l'Etat a vendu les réserves administratives sans leur avis. De nombreux autres cas nous ont été signalés.  

Il s'avère cependant que le vrai problème, c'est que les ressources qui découlent de la vente des  terres  ne bénéficient qu'à une minorité dans les villages…

Le séminaire a été organisé pour   nous permettre de prendre conscience de tous ces problèmes et de faire des propositions au gouvernement sur la manière de gérer le foncier au niveau d'Abidjan. Des procédures vont être élaborées pour la gestion des ressources issues de la modernisation. 

Que pensez-vous de la proposition du  préfet d'Abidjan qui préconise que les terres soient gérées par bail emphytéotique ?

 C'est une proposition qui s'appliquait  surtout à l'époque coloniale et qui mérite d'être étudiée. Il existe aussi d'autres solutions intéressantes. Ce que nous demandons, c'est que le gouvernement tienne compte de l'extension des villages. Il ne faut pas que l'Etat vienne reprendre  les terrains d'extension au motif qu'ils n'ont pas été mis en valeur.

Un autre enjeu de ce séminaire, c'est l'unité des chefs et des cadres Tchamans. Est-ce à dire qu'il y a division…

Le problème de l'unité des Tchamans ne se pose pas. Nous sommes  un peuple extrêmement bien organisé. Mais, lorsque les hommes sont ensemble, il y a toujours des problèmes, des querelles. Il faut simplement savoir les gérer.  Au niveau de la chefferie, il y a des règles établies qu'il faut respecter. Il faut ajouter à ces règles la répartition des responsabilités entre membres de la chefferie. Cela peut être un facteur de transparence dans la gestion des affaires du village. Je dois enfin ajouter que l'intérêt porté par l'administration à la chefferie de village freine les ambitions et limite les querelles et divisions. Pour finir, retenons que l'entente ne naît pas seulement de l'identité de vue ; l'entente naît aussi de l'identité des objectifs. Et nos objectifs communs, ce sont des villages Tchamans unis et prospères.

Interview réalisée par Cissé Sindou

 

Source : nordsud.htm

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