Le Parti Ecologique Ivoirien



Que reste-t-il de la françafrique ?




 mercredi 11 mars 2009 - Par connectionivoirienne.net



   
On doit à Félix Houphouët-Boigny, l'usage de l'expression "Françafrique" en 1955 pour caractériser les bonnes relations avec la puissance colonisatrice française dont il était député, tout en militant pour l'indépendance de son pays. Depuis, le terme s'est considérablement déplacé vers une acceptation péjorative, qui recouvre surtout les notions de soutiens indus à des despotes africains ou d'affaires teintées de pétrole. L'arrivée de Nicolas Sarkozy à la tête de la France s'est annoncée comme autant de promesses d'installer des échanges équilibrés. Lors de son voyage au Sénégal, dans son discours très contesté à Dakar, le 26 juillet 07 le président français ne déclarait-il pas: "Il nous faut rejeter un paternalisme.... qui a fait beaucoup de tort à la relation entre la France et l'Afrique".

Mais l'art est difficile : le secrétaire d'état à la coopération Jean-Marie Bockel, qui déclarait le 14 janvier 2008 l'heure venue de "signer l'acte de décès de la Françafrique", a été rapidement déplacé.... Les prises de position sur le sujet sont tellement incohérentes que se posent de nombreuses questions.

2004 : L'important tournant rwandais

Le génocide rwandais (Avril-Juin 04) n'en finit plus de défrayer la chronique, tant par la gravité du drame qu'il a constitué que par les conséquences tout aussi tragiques et sans fin qu'il semble avoir provoquées dans toute la région, aujourd'hui encore sous les feux de l'actualité.

Les massacres qui vont durer trois mois commencent le 6 juin 1994. Ils éclatent à la suite de l'attentat perpétré contre l'avion du président rwandais, Juvénal Habyarimana, et son homologue burundais, Cyprien Ntaryamira, faisant partie des victimes, l'équipage français de l'appareil. Au moment même, le pays s'embrase, et débute la mise à mort dans des conditions abominables de dizaines de milliers, puis de centaines de milliers de Tutsis, découpés à la machette ou la tête fracassée à la houe rouillée, mis à mort par une population ivre de haine et de vengeance, mais on l'oublie trop souvent aussi, de dizaine de milliers, de centaines de milliers de hutus, massacrés par le FPR qui progresse sur un lit de cadavres.

En tant que pays, ni le Rwanda ni le Burundi n'intéressent personne : ce ne sont que deux petits pays agricoles surpeuplés. En revanche, ils sont proches des provinces congolaises du Shaba et du Kivu, que les scientifiques s'accordent à qualifier de « scandale géologique », tant leur sous-sols recèlent de richesses minières. Récemment, l'intérêt pour cette région s'est encore vu croître avec la découverte d'uranium et de coltan. Reste à se demander qui s'intéresse à cet extraordinaire potentiel minier, et à qui il profite, ou va profiter ? Au-delà des évènements récents, on voit bien que c'est le partage des richesses stratégiques du Congo oriental qui est en cause. Derrière Kagamé (formé à Fort leavenworth), se profilent incontestablement les puissances américaine et britannique. Pour preuve le Rwanda, pays francophone depuis 1918, a récemment adopté l'anglais comme langue d'enseignement dès l'école primaire et Tony Blair, l'ancien premier ministre britannique, est aujourd'hui depuis peu le conseiller de Paul Kagamé. L'arrivée au pouvoir de Barack Obama ne changera pas de manière fondamentale la politique américaine en Afrique. Passé le temps de l'obamania, on découvrira que quelles que soient ses qualités, Obama est d'abord un américain, qui défendra avant tout les intérêts américains.

Au mois d'Août dernier, la France a été l'objet d'une grave mise en accusation publique par Paul Kagamé et son gouvernement au travers de la publication du rapport « Mucyo » visant à démontrer l'implication de la France dans la préparation et la conduite du génocide. La commission « Mucyo » est supposée établir la preuve des crimes prétendument commis par la France au Rwanda au cours du génocide de 2004. Le rapport produit est accompagné d'une liste de 33 noms de personnalités françaises, les « plus impliquées dans le génocide rwandais ». Outre 20 militaires, figurent les noms de 13 civils, dont François Mitterrand, Edouard Balladur, Alain Juppé et Dominique de Villepin. Ce rapport n'est en fait rien d'autre qu'une affaire politique, la « réponse du berger à la bergère » ou plutôt une monnaie d'échange, après les accusations figurant dans le rapport Bruguière contre les proches de Kagamé, dans le cadre de l'assassinat du président Habyarimana. Ce rapport à provoqué la rupture des relations franco-rwandaises, il y a maintenant deux ans. Il est à l'origine de neufs mandats d'arrêt, le dixième ne pouvant être émis puisqu'il concernait Kagamé lui-même qui bénéficie de l'immunité accordée aux chefs d'Etat en exercice.

Il semble bien qu'une véritable opération de désinformation a été conçue pour salir l'image et la réputation de la France au travers des dramatiques évènements qui ont frappés le Rwanda et qui continuent d'affecter la sous-région.

Stérilisation de la politique française en RCI

Au-delà de toutes ces considérations, force est de constater la réussite de cette opération de désinformation. De toute évidence, elle a bien atteint ses objectifs : sortir la France de la région des grands lacs et affaiblir grandement et durablement son influence dans la région, mais aussi dans toute l'Afrique. Les résultats sont là : « complexer » ainsi la politique africaine de la France, par le biais du développement d'une culpabilité outrancière à propos du Rwanda, a par exemple largement contribué à stériliser la politique française en Côte d'Ivoire au cours des dernières années de crise. Dans ce cadre, il faut bien avouer, que les incidents de novembre 2004 à Abidjan après la destruction de l'aviation ivoirienne, n'ont eu pour effet que de stériliser encore un peu plus les actions politiques françaises dans le pays et sur l'ensemble du continent africain.

La France et la Françafrique

Les Français sont reliés au continent noir par des liens excessivement fort. Cela tient à la colonisation, mais aussi à un aspect presque sentimental qui unit de nombreux français à l'Afrique, à un passé parfois aussi misérable qu'il put être glorieux. Les africains également manifestent cet attachement. Ils sont d'incontestables amoureux de la France et de la langue française, qu'ils manient en puristes.

La France fut une puissance coloniale très peu respectable. Elle a recouru, comme l'ensemble de ses pairs, à la violence, à la dépendance économique, à tous les moyens de pression. Elle en paye le prix aujourd'hui. Les noirs installés en France, ces hommes déracinés, devraient pouvoir être heureux chez eux. En participant à ne pas développer leurs économies, la France les a poussés à partir en jouant le rôle d'aimants. Elle a maintenu avec l'Afrique une économie de troc, sans jamais aider les africains à faire en sorte que leurs considérables richesses naturelles soient transformées sur place.

En 1960, à l'indépendance de la plupart des pays francophones africains, il ne fallait pas que les rentes françaises soient flouées. Il convenait donc de suivre les évènements de près et de maintenir la mainmise. Politiquement, c'est aussi la période de la guerre d'Algérie et la France avait besoin face au Conseil de Sécurité et l'Assemblée générale des Nations Unies, du soutien des pays africains. Ces facteurs politiques et économiques ont joué de telle façon que Paris persiste, malgré l'indépendance, à investir dans des chefs d'Etats complètement inféodés à la France. Il y eu heureusement parmi ces « marionnettes » manipulées, des hommes intelligents qui trouvèrent leurs intérêts dans ce système. Félix-Houphouët-Boigny fut un grand homme politique, qui ne voulait pas de l'indépendance réelle de son pays. Il a parié pour la France et en fut l'homme en Afrique.

La décolonisation a enclenché une évolution sur le plan politique, mais pas sur celui de l'économie. Au fil des années, l'influence de la France s'est érodée. D'abord sous les coups de boutoir des américains. Aujourd'hui, ce sont les chinois, après les russes, qui sont à l'œuvre et font preuve d'une efficacité redoutable. Ils ont besoin du pétrole africain et ont compris que l'Afrique recelait des richesses incroyables, souvent mal exploitées. Bien souvent, aux machines très modernes, ils préfèrent des modèles relativement plus anciens, mais qui ont le mérite de faire travailler un grand nombre de familles. L'offensive chinoise est considérable partout en Afrique, elle n'en est qu'a son début.

La page Françafrique est-elle tournée ?

Sur le plan économique, il ne fait aucun doute que les mentalités ont évolués et évolueront encore. Même si la France n'abandonnera jamais ces intérêts considérables en Afrique, ses relations économiques seront basées à l'avenir sur le respect réciproque et sur l'équilibre. Si la France garde par rapport à d'autres « grands (USA – Chine) », l'avantage de la connaissance du terrain, ce ne sera plus jamais le paternalisme d'avant qui régira ces relations, mais elle continuera à profiter de cet avantage et fera tout pour le garder. Cette posture se perpétue, par exemple, pour un groupe comme « Bolloré », qui traverse le temps et qui continue à gagner beaucoup d'argent avec l'Afrique.

Sur le plan politique, c'est autre chose, il suffit que le Molah Omar Bongo, président inamovible du Gabon, se fâche au prétexte que quelques gabonais rebelles demandent qu'on examine la situation des ses appartements et de ses biens à Paris, pour qu'il les emprisonne et que la justice française s'écrase de façon lamentable. La république bananière en l'occurrence, c'est la France bien plus que le Gabon. Bongo possède une quarantaine de propriétés en France. Les exemples sont nombreux de cette justice française qui s'écrase en Afrique : l'assassinat du juge Borel à Djibouti, la disparition du journaliste Guy-André Kieffer en RCI, deux affaires loin d'être éclaircies qui ne sont heureusement toujours pas classées. La justice française a toujours été une fidèle amie des régimes africains.

Quand l'Afrique s'éveillera

Malgré les coups d'Etats ou tentatives de coups d'Etats à répétition de ces dernières années, et des élections chaotiques comme au Kenya et au Zimbabwe, la démocratie finira inéluctablement par gagner du terrain. Des élections libres viennent de se dérouler de manière exemplaire au Ghana. Demain, ce sera le tour de la Côte d'Ivoire, puisse-t-elle s'inspirer de l'exemple ghanéen. Dans les deux décennies à venir, l'Afrique constituera le continent le plus intéressant à observer car les plus grands changements et les plus fortes évolutions vont s'y produire. Si les africains, prennent enfin conscience des richesses de leur continent, s'ils se prennent enfin en mains, en oubliant la politique de la main tendue, l'Afrique quand elle se réveillera, est promise à une formidable évolution.

Zokou Jipi sur base de Diplomatie N° 37 Mars-Avril 2009



Source : connectionivoirienne.net

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