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vendredi 10 août 2007 - Par Fraternité Matin

Commandant Wattao : “Je ne me vois plus dans une caserne”


Le commandant Wattao, chef d’état-major adjoint des Forces armées des Forces  nouvelles,nouvelles, ne veut plus faire le métier des armes.

Récemment, l’on vous a vu libérer la résidence du préfet que vous occupiez depuis le début de la crise. Quel sens donnez-vous à cet acte?

Cet acte pour moi est chargé de symbole d’autant plus que nous sommes désormais tous engagés dans l’Accord politique de Ouagadougou. Ne serait-ce simplement qu’il s’inscrit dans le processus de réconciliation. C’est donc un signal fort que j’ai voulu donner à travers ce geste.
Et puis, il faut dire que le Premier ministre Soro Guillaume nous a donné des instructions fermes dans ce sens. Comprenez que nous nous devons d’exécuter ses instructions à la lettre car nous ne pouvons désobéir à notre chef. Par ailleurs, je suis moi-même le président du comité de restitution des biens et à ce titre, vous comprendrez qu’il m’appartient de donner le bon exemple.

Justement, en votre qualité de président de ce comité, pouvez-vous nous donner la suite des activités à mener?

Certainement que d’autres initiatives sont en cours. Mais dans notre souci de bien faire, nous envisageons d’aller pas à pas. En tout état de cause, dans le cadre du redéploiement de l’Administration, tous les bâtiments qui sont occupés par les Forces nouvelles seront restitués. Cela, afin de permettre aux agents de l’Etat d’accomplir leur mission dans les conditions optimales. Au risque de me répéter, j’ai moi-même donné l’exemple en libérant la résidence du préfet pour qu’elle soit occupée par la personne à qui elle est attribuée.

Qu’envisagez-vous en cas de résistance de certains de vos éléments?

Je n’envisage même pas de cas de résistance car nous sommes une armée organisée où la discipline est de rigueur. Je peux donc vous rassurer tout de suite qu’à ce niveau, il n’y a aucun souci à se faire.

Il s’agit là des bâtiments de l’Etat mais souffrez que j’étende le chapitre aux bâtiments privés.

Que tous ceux qui sont dans le cas et qui peuvent y apporter les documents afférents, saisissent notre comité. Qui, à son tour, saisira la police ou la gendarmerie pour enquête avant de remonter le dossier au ministère de la Solidarité et des Victimes de guerre qui prendra la décision qui s’impose. Mais dans tous les cas, nul ne sera impunément spolié de ses biens.

Pendant que j’y pense, mon commandant, vous-même continuez d’occuper le bâtiment de la Coopec.

C’est juste le temps de permettre aux responsables de cette structure de se présenter à nous afin de faire avec eux l’état des lieux avant cession. Cela, pour éviter qu’ils disent après que nous avons détérioré telle ou tel1e chose. Donc, s’ils se présentent aujourd’hui même, nous sommes prêts à leur céder le bâtiment qui leur appartient en propre. C’est juste pour vous dire que pour une question de logique et de responsabilité, nous sommes encore là pour assurer la sécurité des lieux.

Nous restons justement dans le cadre de l’immobilier pour mettre le doigt sur certaines constructions anarchiques et autres attributions de terrain. Notamment à Bouaké.
Sans aucun permis.

Question difficile. Je ne peux donc pas vous donner la réponse que vous souhaitez. Dans la mesure où la mairie qui est habilitée à le faire est en train de se mettre progressivement en place. Toutefois, je pense qu’elle pourrait, à la limite, avoir remis à ces attributaires un document pour les besoins de la cause. Cependant, même si cela n’était pas le cas, compte tenu du processus de paix en cours et de l’esprit de dialogue qui en découle, je voudrais croire que le ministère de la Construction et de l’Urbanisme ne se lancera pas dans une opération de démolition et de déguerpissement systématique et brutale.
Cela dit, nous sommes au courant, mais de façon officieuse s’entend, de certaines attributions de terrain par le maire. Je me propose à cet effet de saisir le Premier ministre afin de mettre de l’ordre de ce côté-là. C’est un épineux problème auquel il importe de trouver une solution idoine.

Quelles assurances pouvez-vous donc donner à tous ceux qui hésitent à retourner dans les zones sous contrôle des Forces nouvelles?

La plus grande et la meilleure des assurances, à mon sens, c’est d’abord notre présence sur le terrain. Surtout celle du Premier ministre qui est à Bouaké presque tous les week-ends quand son calendrier le lui permet. Certes, en matière de sécurité, il n’y a pas de risque zéro mais les Forces nouvelles veillent et veilleront à la sécurité des biens et des personnes.
Ainsi, je dis à ceux qui hésitent encore à venir que la paix est bel et bien revenue. A chacun de venir constater sur le terrain que ce n’est point une vue de l’esprit, mais plutôt une réalité tangible. C’est pourquoi, je demande aux uns et aux autres de faire l’effort de se débarrasser de tous les préjugés et de rejoindre ces zones où il fait bon vivre. Certes l’attentat manqué du 29 juin contre l’avion du Premier ministre pourrait occasionner quelques blocages, mais je dis et j’affirme que nous avons su remonter la pente et que la situation est désormais sous contrôle.

Pour aborder d’autres volets plus intimes et vos perspectives d’avenir. Qu’est-ce qui explique votre intérêt pour la musique et l’ambiance?

Je ne sais comment vous l’expliquer. Mais tout ce qui touche à l’épanouissement intellectuel et culturel de la jeunesse m’interpelle au plus profond de moi-même. Dans la mesure où je me sens proche et solidaire de cette jeunesse qui a besoin d’aide, de soutien et d’encadrement pour se réaliser. Figurez-vous que si vous aidez par exemple un artiste en herbe à sortir une œuvre musicale, non seulement vous l’accompagnez dans l’accomplissement de son rêve, mais vous l’occupez sainement. Vous contribuez ainsi à lui faire tourner le dos à l’oisiveté et à la délinquance. Cela n’est-il pas noble comme mission?
On dit que je mets l’ambiance, que j’aime l’ambiance mais dites-moi, y a-t-il meil1eur remède pour remettre les populations surtout la jeunesse, de toutes les émotions et affres de cette guerre? Y a-t-il meilleur remède contre le stress? Je ne crois pas. Encore que se divertir sainement n’empêche en rien l’esprit d’entreprise. Bien au contraire.
Par ailleurs, mon intérêt pour l’art et la culture vient du fait que j’ai, par le passé, fréquenté de grandes stars de la musique. Pour être plus complet sur le chapitre, sachez que si je n’étais pas encore militaire, je serais devenu un grand manager.

Peut-on en conclure que l’idée d’être manager ou producteur vous a trotté par la tête?

C’est fort possible. Même que je trouve que ce serait pour moi la meilleure reconversion, dans la mesure où je ne serais plus en contact avec les armes. Ainsi donc, je serais tranquille et plus jamais l’on ne m’accusera d’être l’auteur d’un quelconque coup d’Etat. Ou peut-être si cela devait arriver, que ce soit un coup d’Etat musical. (...éclat de rire):

Peut-être avez-vous également pensé être artiste chanteur ou musicien?

Pourquoi pas? Je vais certainement vous surprendre en affirmant que Wattao envisage sérieusement de chanter. Chanter pour magnifier la paix revenue. Même que je suis en train de préparer quelque chose dans ce sens. Et les bénéfices de cette œuvre iront aux enfants orphelins.

Pourquoi les enfants orphelins?

Etant moi-même orphelin de mère en bas âge, je comprends ce que les orphelins peuvent endurer comme douleurs et souffrances. Parce que je réalise l’importance des parents dans la vie d’un individu; surtout celle de la mère. D’ailleurs pour moi, orphelins et déshérités, c’est la même chose et donc je nourris pour eux la même compassion. C’est pourquoi dans toutes mes prières quotidiennes, je demande à Dieu de me donner les moyens de leur être utile.

Mon commandant, doit-on déduire que vous n’envisagez pas d’intégrer la nouvelle armée réunifiée?

Non, je ne l’envisage pas. (Rire) Vous savez, dans la vie, il faut souvent savoir s’arrêter. Et c’est justement ce que d’autres n’arrivent pas à comprendre. En ce qui me concerne, tout le monde me connaît et tout le monde sait que je suis un homme de paix, un pacifiste dans l’âme. Je sais ce que l’armée m’a apporté de bon comme de mauvais dans ma vie. Aujourd’hui donc, vu la situation du pays, moi Wattao, je ne me vois plus dans une caserne. Je n’envisage pas de faire partie de la nouvelle armée après la réunification du pays. Parce que quelque part aussi, compte tenu de la nouvelle donne, il n’est pas évident que je puisse maîtriser tous les éléments qui seront amenés à être sous ma responsabilité. Comme cela est le cas actuellement. Et un faux coup est vite arrivé pour lequel je serais arbitrairement accusé.

Permettez-moi d’insister, mon commandant. Une fois la paix revenue, entre Wattao et
l’uniforme militaire, ce sera fini?

(...Rire). C’est en tout cas mon souhait. Cependant, en militaire discipliné que je demeure, j’attends qu’après la réunification, l’on me propose autre chose que l’armée. Etant entendu que je peux quand même servir mon pays à d’autres postes, excepté bien évidemment, un poste ministériel.

Pourquoi pas un poste ministériel, d’autant plus que d’aucuns soutiennent que vous étiez frustré parce que justement vous n’avez pas été appelé au gouvernement?

Moi ministre? (Rire). Ecoutez, il faut que chacun apprenne à connaître sa place dans ce pays. Et comme ça, je crois que tout ira mieux. Moi jusque-là, ma place a été dans l’armée et nulle part ailleurs. Parce que tout ce que j’ai su toujours faire jusque-là, c’est de défendre mon pays et assurer la sécurité des personnes et des biens. Et puis, je suis conscient que je n’ai pas le niveau intellectuel requis pour être ministre. Un soldat comme moi à la tête d’un ministère, vous voyez ce que ça fait ?

Ce ne sera quand même pas une nouveauté…

Cela, c’était dans un contexte bien précis. Pour calmer les uns et les autres. Mais, vous avez vu ce qui s’est passé après. Ces soldats auxquels vous faites allusion ont été retirés. Bref, c’est pour vous dire que je n’ai jamais souhaité être ministre. Cela n’est même pas dans mes ambitions.

Soit. Mais vous pouvez quand même faire de la politique et créer par exemple un parti comme l’a fait «IB», pour ne citer que lui?

(L’air agacé). Je vais faire quoi avec un parti politique? Non, soyons sérieux!

Des rumeurs soutiennent que l’Alliance pour la nouvelle Côte d’Ivoire de Zémogo Fofana est en fait une création des Forces nouvelles. Qu’en est-il?

C’est vous qui me l’apprenez. Je ne sais pas comment ça se passe en politique. Posez peut-être la question au ministre Konaté Sidiki, notre porte-parole ou pourquoi pas, directement à M. Zémogo lui-même. L’un et l’autre sauront vous situer.

Il se dit également que vous avez des relations tendues avec le commandant Chérif Ousmane.

Vous me voyez toujours avec Chérif, cela ne vous suffit-il pas ?

Une entente de façade, peut-être…

Laissez-moi vous dire que moi Wattao, je ne connais pas l’hypocrisie. Parce que quand je ne suis pas d’accord, je dis non, haut et fort. Je ne sais pas faire semblant. Donc entre Chérif et moi, j’affirme qu’il n’y a aucune tension... Maintenant, s’il se trouve que c’est le souhait de certaines personnes, eh bien, elles attendront longtemps avant de goûter à ce plaisir.

Et que répondez-vous à ceux qui disent que vous avez une aversion pour le sergent chef «IB»?

Il ne s’agit pas de l’aimer ou de ne pas l’aimer. Dans tous les cas, IB est et demeure mon frère. Mais nous sommes ici sur un terrain où il n’y a pas que lui et moi. Et où les enjeux nous dépassent. C’est un combat. Je n’en dirais pas plus. Sinon qu’on ne s’est pas compris car durant la transition, nous étions toujours ensemble.

Mais à l’heure de la paix et de la réconciliation, vous pouvez quand même faire la paix…

Ce n’est pas qu’avec moi qu’il doit faire la paix. Il le sait. Mais, si paix il doit y avoir, je souhaite, pour ma part, qu’elle commence par là-haut avant de descendre jusqu’à moi. On se comprend.

Tournons cette page pour en ouvrir une autre, celle de votre penchant pour les voitures de luxe et les belles femmes. Les voitures de luxe que vous collectionnez valent-elles moins de 100 millions de francs CFA chacune?

Les gens exagèrent quelque peu en parlant de mon goût prononcé pour les belles voitures et les belles femmes. En Côte d’Ivoire, les gens sont passés maîtres dans l’art de raconter des choses invraisemblables sur le compte des autres. Parce qu’ils ne vont jamais à la source pour s’informer. En tout état de cause, sachez que moi je suis un bon petit dioula rompu aux affaires. Je tiens cela de mon père qui était lui-même commerçant. Les voitures que je paye, c’est donc pour les revendre. Mais croyez-moi, ces voitures n’ont pas la valeur qu’on vous a rapportée et sont même nettement en dessous des 20 ou 50 millions. C’est pour vous dire que je ne peux pas payer un véhicule à 100 millions. Et que si j’avais une telle somme en ma possession, je m’achèterais un château plutôt qu’une voiture. Mais ces gens-là, je les vois venir, ils plaident le faux pour avoir le vrai.
Ils soulèvent la poussière pour connaître la direction du vent. Autre chose, les gens veulent que je leur dévoile ma filière, mais je ne le ferai pas.

Ce sont quand même des marques prestigieuses…

Sûrement. Mais elles ne sortent pas de chez le concessionnaire, même si elles sont flambant neuves. Sachez que je ne les vole pas non plus. Dans la mesure où j’ai toujours le double des clés de contact et que je les fait vérifier par Interpol. Mais, si cela peut satisfaire leur curiosité que je respecte malgré tout, eh bien, dites leur que ce sont des véhicules que je vends aussi bien ici en Côte d’Ivoire qu’à l’extérieur.

Venons-en maintenant aux belles femmes à cause desquelles d’ailleurs l’on vous colle le sobriquet de Wattao la joie…

On m’appelle Wattao la joie, parce que j’aime amuser la galerie et répandre la bonne humeur autour de moi. Mes éléments vous le confirmeront parce que même avec eux, je refuse d’être le chef qui écrase et qui a toujours la mine serrée. Bien sûr, i1 y a la rigueur que nous impose le métier des armes mais si les choses se font aussi dans une ambiance décontractée, ça n’affecte rien non plus. C’est chez moi une marque d’humilité et de respect quand on gère des hommes. Maintenant pour les belles femmes comme vous le dites avec insistance, Dieu seul connaît la vérité. Me justifier ici, donnerait du crédit aux colporteurs de ce genre de rumeurs nauséabondes. Mais en tout état de cause, je voudrais rassurer les uns et les autres que pour le moment, ma femme et mes enfants suffisent à mon bonheur à ce niveau-là.

Peut-on connaître les raisons de cette absence prolongée de Wattao de Bouaké ces derniers temps, une absence qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive?

J’avais un problème au niveau du genou gauche et cela remonte à ma torture à la poudrière d’Akouédo. Je n’avais donc pas fui le pays comme certains l’ont affirmé mais je me suis rendu à Paris pour une intervention chirurgicale. Et aujourd’hui, tout va pour le mieux, Dieu merci. Je suis en phase de rééducation. Je fais du vélo et de la natation. Dites donc à tous que Wattao n’a jamais déserté et ne désertera pas. Il est de retour à Bouaké où il a repris le service. Cela dit, je saisis l’occasion que vous m’offrez pour dire un grand merci au Premier ministre Soro Guillaume qui a pris entièrement en charge mes soins médicaux en France.

Quels sont vos souhaits pour la Côte d’Ivoire?

Que la Côte d’Ivoire, notre pays, retrouve la paix. Que les filles et les fils de ce pays désarment leurs cœurs et qu’ils se pardonnent mutuellement. L’attentat manqué contre l’avion du Premier ministre est un scénario sordide qui ne devrait plus jamais se répéter dans notre pays. Il doit au contraire renforcer notre détermination à nous réconcilier et à tourner définitivement la page des hostilités. La paix est là, faisons en sorte qu’elle s’installe durablement voire définitivement et qu’elle soit profitable à tous. Que Dieu bénisse le Président Laurent Gbagbo et le Premier ministre Soro Kigbafori Guillaume afin qu’ils mènent jusqu’à son terme le processus de paix amorcé depuis la signature de l’Accord politique de Ouagadougou.

Interview réalisée à Bouaké
Par Youssouf Sylla et Adjé Jean Alexis




Source : abidjan.net



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