Le Parti Ecologique Ivoirien



Paul Agodio en lutte contre la corruption : “N’importe qui fait n’importe quoi n’importe où...”


mercredi 20 août par Fraternité Matin
 


Paul Agodio, président de l’Ong “Côte d’Ivoire-contre la corruption”, stigmatise l’absence de contrôle dans les systèmes de gestion.


Vous dites qu’en Côte d’Ivoire peut naître une méthode de gouvernance ou de gestion capable de vaincre le mal développement. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus?


C’est par rapport à l’administration que nous le disons. La façon dont les choses sont faites en Côte d’Ivoire ne cadre pas avec la personnalité actuelle de l’Ivoirien. L’Ivoirien a besoin d’être contrôlé, d’être mis dans un cadre duquel il ne doit pas sortir dans la gestion de la chose publique. Aux Etats-Unis est né l’audit pour lutter contre la gabegie, la corruption, les détournements de fonds, etc. Cela a favorisé la rigueur, la transparence. Là-bas, tout est rigoureux. Si vous avez affaire à l’administration américaine pour des décaissements de fonds, vous comprendrez que ce n’est pas facile. Nous pouvons faire la même chose ici en Afrique en mettant en oeuvre des mécanismes qui contraignent tous les Ivoiriens à respecter la chose publique. Ces mécanismes existent, nous les avons, mais il faut pouvoir les mettre en œuvre maintenant, principalement dans l’exécution du budget de l’Etat...


Par exemple?


Il faut les développer dans l’exécution du budget de l’Etat qui est la locomotive de toute l’administration. Ces méthodes contraindront tout le monde à suivre le mouvement. Chaque année, il y a un budget qui est voté par l’Assemblée nationale. Or dans la vie de tous les jours, personne ne sent vraiment que quelque chose a changé. Il aurait fallu que chaque année, à la fin de l’exécution du budget, chacun dise, ou à tout le moins un grand nombre dise, voici ce que j’ai pu avoir, voici le bénéfice que j’ai pu tirer de l’exécution du budget de l’Etat au cours de cette année.


Depuis le mois de juin, on assiste à des arrestations pour «détournement», sans oublier


la lutte contre le racket des Forces de défense et de sécurité. Comment appréciez-vous toutes ces actions engagées par le gouvernement?


La question que vous posez est très importante. Vous savez que pendant un an, nous avons rasé les murs. Et puis le 10 avril, nous avons accordé une interview à la télévision dans le cadre d’une émission. 15 jours plus tard, elle a été rediffusée. La semaine qui a suivi, l’interview a servi de support publicitaire à cette même émission. A la fin de ce spot publicitaire, le Premier ministre a donné une interview-bilan au cours de laquelle, il a pris la résolution de lutter contre la corruption. Deux ou trois jours après, il y a eu un conseil des ministres au sortir duquel le porte-parole du gouvernement a rapporté les instructions que le Président de la République avait données. A savoir qu’un prochain conseil des ministres serait consacré à la lutte contre la corruption et la fraude. Une semaine plus tard, le Président de la République a été invité par les femmes du Rifemad. Et, à l’hôtel ivoire, il a mis les pieds dans le plat. Une semaine après, il était à Tiassalé où il a fait la déclaration que voici : « Ma priorité désormais, c’est de pourchasser les corrompus et les corrupteurs ». Et c’est dans cette mouvance que tout le reste a suivi. Il y a eu des arrestations et tout ce qu’on sait aujourd’hui. Pour l’instant, on ne sait pas ce qui est reproché à ceux qui sont en prison, en garde à vue. Le moment venu, quand les experts auront fini de faire leur travail, ils nous situeront et on saura s’il s’agit de détournement ou de corruption. Dans tous les cas, la lutte contre la corruption semble bien lancée.


Si l’on devait engager une telle opération et la réussir, quelles sont, selon vous, les bonnes


stratégies qu’on pourrait adopter?


De façon générale, il faut d’abord mener des enquêtes. Dans le cas précis de la filière café-cacao, il semble qu’il y a eu un premier audit. Puis un 2ème. Peut-être que le premier n’a pas donné les résultats escomptés, mais dans tous les cas, il faut d’abord une expertise. C’est à partir de là qu’on peut déterminer ce qu’il y a lieu de faire. Dans notre Ong, nous mettons en œuvre un projet qui comprend 4 stratégies. La stratégie de la connaissance du phénomène, celle de la sensibilisation, celle de la résistance et enfin, celle du combat par les réformes.


Pour vous qui vous intéressez à ces trois maux que sont la corruption, le racket et la fraude, lequel semble le plus grave?


Tout est question de degré. Sinon il s’agit de la même chose. Le racket se résume à des broutilles. La corruption peut porter sur des montants élevés. La fraude également.  C’est donc une question de degré. La vérité est que cela est illégal. En Côte d’Ivoire, il existe une loi qui a été votée en 1977. Le Président Félix Houphouet-Boigny en était l’auteur et Jean Konan Banny, le rapporteur. Cette loi porte répression de la corruption. Notre pays a aussi signé plusieurs conventions. Il y en a trois au total. La  convention des Nations unies, la convention de la Cedeao et celle de l’Ua. Ce qui est heureusement étonnant, c’est que la loi de Côte d’Ivoire est antérieure à toutes ces conventions. Elle a plus de 30 ans maintenant. Or les autres conventions datent des années 2000. On peut être fier de savoir que nous, en Côte d’Ivoire, avons été les précurseurs. Pour accélérer la lutte contre la corruption, il faudrait modifier la loi de 1977 dans ses dispositions qui sanctionnent la corruption active. C’est-à-dire suspendre les sanctions pour un temps contre les corrupteurs. Ainsi ces derniers, qui sont pour certains corrupteurs à leur corps défendant, pourraient dénoncer ceux qui leur exigent de l’argent. On pourrait rendre cette modification rétroactive pour permettre à ceux qui ont été grugés de récupérer leur argent.


Selon vous, qu’est-ce qui a fait que la lutte ou les mesures pour combattre la corruption n’ont pas prospéré alors que la loi date de 1977?


Vous savez, pour combattre la corruption, il faut connaître l’environnement dans lequel on vit. La corruption part de l’administration et se répand dans toute la société. Or l’administration que nous avons, nous a été laissée par le colonisateur. Elle   a un principe, c’est la liberté; le contrôle n’est donc pas très contraignant. Il a pour objectif d’en ajouter à l’efficacité de l’autocontrôle.  Nous avons nos habitudes. Ce qui fait que si l’on ne nous contrôle pas de façon systématique et qu’on relâche la vigilance, il y a des dérives. C’est surtout cette administration qui fait qu’il est difficile, je crois, de combattre la corruption.


Il faut que nous nous trouvions dans un cadre où on exerce un contrôle. Or le cadre n’ayant pas été défini, la lutte contre la corruption est difficile. C’est pour cela, je crois, que cela n’a pas marché. C’est vrai qu’il y a des pesanteurs politiques aussi. Nous avions un Président de la République qui était comme un bon père de famille et qui préférait plutôt le dialogue à l’application de la loi. La loi a été votée pour faire de la dissuasion, mais elle n’a pas connue d’application effective me semble-t-il.


Quand on suit votre analyse de la corruption et de son ancrage dans la société ivoirienne, on se rend compte que vous accusez l’ordre ancien.


C’est vrai que j’accuse l’ordre ancien. Mais l’ordre ancien, qu’est-ce que c’est? C’est l’administration coloniale. Nous n’avions pas ce type d’administration avant. Il y a eu la colonisation et l’administration coloniale a été installée avec la philosophie du colon. Avec sa culture. Or, comme je le disais, il n’y a pas de balise véritable dans cette culture. On contrôle, mais il s’agit plus de l’autocontrôle. Chez nous, il faut absolument qu’on mette des balises. S’il n’y en a pas, c’est la dérive. Ce qui est  frappant, remarquez que dans la filière café-cacao, tous les dirigeants des structures sont en prison. C’est vrai qu’ils ont été inculpés, mais il n’a pas encore été prouvé qu’ils sont coupables. Néanmoins, le fait d’être en prison signifie qu’il y a des indices graves. Moi je ne suis pas en prison. Vous non plus. Ça veut dire qu’ils y sont pour une raison précise. Mais c’est choquant. Cela veut dire que si moi j’avais été dans ces structures,  je serai allé en prison. Si vous y étiez, vous auriez subi le même sort. Ce ne sont pas les hommes qui sont donc en cause mais le système.


Qu’est-ce à dire? Que les mécanismes de contrôle et de suivi des structures qu’ils avaient à gérer n’ont pas été mis en place?


C’est effectivement ce que cela veut dire. Cela veut surtout dire qu’il n’y a pas de mécanisme de contrôle dans la société dans laquelle nous sommes.  Cette société a produit des individus qui doivent être contrôlés. S’ils ne le sont pas, c’est la dérive. Or l’administration dont je parle  avait les mêmes valeurs que l’Afrique ancienne. Dans nos villages, c’était la même chose. On pouvait déposer un régime de banane là, et personne ne venait le prendre. Si ce régime est à vendre et que la personne qui le vend est absente, on pouvait le prendre et dès son retour on lui disait qu’on avait pris ses bananes et on les lui payait. Or aujourd’hui,  ce n’est plus le cas. Ce qui se passe dans les villes africaines est en train de s’étendre à nos villages. Cette société, je l’appelle une société sui generis, en ce sens qu’elle n’est ni africaine ni occidentale. C’est une société des villes africaines créées par des besoins, des  envies multiples insatisfaits. C’est une société de prédateurs qui veulent s’enrichir très rapidement. C’est cette société qui entraîne toutes les difficultés dans lesquelles nous sommes. Elle bloque le développement et paralyse tout ce qui se fait dans l’intérêt général.


N’est-ce pas parce que les mécanismes de lutte ne sont pas activés?


C’est vrai qu’ils ne sont pas activés, mais je crois qu’ils ne sont pas suffisamment contraignants. Il faut pouvoir rendre compte et souvent, on ne le fait pas. En 2001, je disais à l’occasion d’une interview à Fraternité Matin (03 septembre précisément) qu’il faut faire en sorte que les fonds de la décentralisation n’alimentent pas la gabegie. Aujourd’hui, il n’y a eu aucun audit dans les conseils généraux. Qu’on aille en faire et on verra. Je suis persuadé qu’on sera surpris. Lorsqu’on met une institution en place, selon la philosophie de l’administration dans laquelle nous sommes, on laisse les gens faire. Et un jour, on procède à la vérification. Mais malheureusement, le mal est déjà fait. Or  ce qu’il aurait fallu faire, c’est que de façon périodique, il y ait des vérifications et des contrôles. Et surtout des contraintes qui paralysent toute velléité de fraude.


Il faut pour cela une volonté politique très forte...


La volonté politique, je pense qu’elle est là, mais le problème c’est comment faire pour que cette société puisse être remplacée par une autre.


Dans votre stratégie comment cette lutte va être menée pour que les Ivoiriens la ressentent?


Dans notre projet, nous avons des stratégies. Dans la 2ème stratégie appelée stratégie de sensibilisation, nous nous sommes dits qu’il fallait créer une chaîne de solidarité. Pour que la lutte contre la corruption puisse s’étandre jusque dans les hameaux les plus reculés de la Côte d’Ivoire. Dans cette chaîne de solidarité, nous avons des comités de base de 15 à 30 personnes. Dix comités de base forment une section. Plus de trois sections à Abidjan forment une coordination. A l’intérieur du pays, dans les chefs- lieux de département, il y a une coordination. L’objectif est de faire en sorte que chaque Ivoirien entende un jour au moins parler de la lutte contre la corruption. Parce que chaque Ivoirien a été, un jour au moins, victime de la corruption. C’est un travail de fourmi qui commence à porter ses fruits aujourd’hui. Notre lutte se fera en deux temps. Le premier moment est la mobilisation générale à l’issue de laquelle nous avons pour objectif de faire un grand meeting pour toucher la conscience nationale. Au niveau international, nous entendons envoyer un signal fort en direction de ceux qui savent que la Côte d’Ivoire, en matière de corruption, est  classée 150ème rang sur 179 pays en 2007. Ce, pour dire que notre pays a décidé de lutter contre la corruption. 


Quel sera le message pour les individus eux-mêmes?


A l’intérieur de la Côte d’Ivoire elle-même, informer  à tout le monde que nous sommes nombreux à dire non à la corruption. Et qu’il faut que cela s’arrête. Dire que la corruption qui se fait aujourd’hui sur la place publique et pour laquelle plus personne n’a peur est une faute. Elle est illégale et les contrevenants peuvent être poursuivis puisqu’il existe une loi à ce sujet. La première action, c’est de pouvoir mobiliser tout le monde à l’occasion d’un meeting au cours duquel nous espérons avoir 300.000 ou 400.000 personnes. Si nous ne sommes pas nombreux. Cela voudra dire que les Ivoiriens ne sont pas prêts pour engager la lutte contre la corruption. Une fois que ce meeting aura été tenu, il pourra libérer les technocrates. Nous avons des commissions par secteur d’activité. Une commission santé qui est présidée par un médecin ; une commission juridique et judiciaire présidée par un magistrat de la Cour d’appel; une commission réforme administrative présidée par un ancien ministre. Nous avons plusieurs commissions qui ne pourront entrer en jeu que lorsque…


Une commission éducation aussi nous l’espérons parce que la fraude aux examens est devenue monnaie courante?


En effet, nous avons une commission éducation qui est présidée par un professeur d’université. Il y a aussi les commissions économie et finances, agriculture, etc. Nous avons plusieurs commissions et nous pensons pouvoir en créer d’autres. Cela va nous permettre de lutter avec méthode.


L’un des maux en Côte d’Ivoire est la non application du droit, la justice étant aussi gangrenée  par la corruption…


Le milieu est effectivement gangrené par la corruption, mais les juges ne sont pas tous corrompus. Il n’y en a que quelques-uns qui le sont.


Ça ne peut pas être que quelques-uns à partir du moment où le phénomène est devenu récurrent.


Je dis quelques-uns parce que les magistrats sont nombreux. Il y en a qui sont avec nous. Je vous ai cité ce magistrat qui est président de notre  commission juridique et judiciaire. C’est une magistrate qui est notre première vice-présidente. Toujours est-il qu’il faut qu’on applique la loi parce que si on ne le fait pas, on ne saura véritablement pas à quel saint se vouer. La  loi, c’est le code de conduite dans la société. Voici ce que nous comptons faire quand les technocrates entreront en lice dans la lutte. Si un juge rend une décision qui ne dit pas le droit et que la victime nous saisit,  nous lui écrirons pour le lui signifier en disant, ou bien vous l’avez fait sciemment ou bien vous vous êtes trompé. S’il recommence, nous écrirons au Président de la République, Président du conseil supérieur de la magistrature avec copie à l’intéressé.  En y joignant la lettre qui lui avait été adressée. Nous demanderons au Président de le suspendre pour complément de formation et nous publierons les deux correspondances dans notre bulletin d’informations. Au troisième forfait, nous demanderons par écrit au Président de le révoquer. Nous publierons ce courrier et la chaîne de solidarité du lieu de l’instance judiciaire se manifestera avec des mégaphones devant le palais de justice. 


Sous le Président Thomas Sankara, il avait été institué au Burkina Faso un cadre d’évaluation semestrielle et publique. Pensez-vous qu’une telle expérience permettant aux gestionnaires de l’administration de faire le bilan de l’exécution de leur mission serait opportune ici?


C’est vrai qu’il y a eu cela sous Sankara, mais ce que nous aurions souhaité ici, c’est qu’il y ait un deadline d’exécution budgétaire et un contrôle qui se fasse à plusieurs niveaux. Le premier serait technique. Il consisterait pour chaque ministre à faire un rapport d’exécution budgétaire, tous les quatre mois,  en conseil des ministres. Que ce rapport soit consolidé et devienne un rapport définitif du conseil des ministres. Il devrait y avoir en annexe la balance des soldes du trésor de la période. Que ce rapport consolidé soit acheminé à l’Assemblée nationale. Où, après débat sans vote pour les quatre premiers mois, on pourra alors commencer le contrôle financier. Il sera effectué par des auditeurs aguerris qui diront comment les financements ont été utilisés, comment le travail a été fait. Après ce contrôle financier, il y aura un contrôle populaire. C’est-à-dire que le résumé de l’exécution de ce budget sera publié dans un journal officiel où celui qui le veut, pourra  avoir les détails. Ainsi nous aurons le contrôle technique en conseil des ministres, le contrôle politique à l’Assemblée nationale, le contrôle financier par les auditeurs et le contrôle populaire. Et viendra enfin le contrôle juridictionnel au cas où les autres contrôles auraient révélé une anomalie. La Chambre des comptes pourra alors être saisie.


A ce rapport d’exécution budgétaire de fin d’année produit par le gouvernement doit être adjoint la balance des soldes du trésor. C’est-à-dire que tous les décaissements qui ont été faits au cours de l’année pour l’exécution du budget et retracés dans la balance devront être connus. Si bien que les auditeurs pourront faire l’audit pour voir de façon technique, au niveau financier mais aussi opérationnel, à quoi les fonds ont servi. A partir de là, l’adoption de la loi de règlement dont ce rapport sera l’annexe ne se fera pas comme une lettre à la poste.  A côté de cela, il faudra un contrôle individuel qui partirait du principe que l’administration serait informatisée. Au niveau des finances publiques, nous avons ce qu’on appelle aujourd’hui le Sigfip,  un logiciel de gestion des finances publiques pour le décaissement des fonds. Nous avons aussi un autre logiciel appelé Aster  qu’on utilise pour la comptabilisation. On  pourrait en avoir un troisième pour savoir en temps réel, quel est le niveau d’exécution du budget de l’Etat. Et par rapport à cela, voici comment les choses pourraient se faire.


Plus concrètement, comment pourrait-on apprécier cela?


Chaque ministre ayant son budget dans son ordinateur, pourra suivre, au fur et à mesure, son exécution par ses services. Il saurait à quel niveau on se trouve dans leur exécution. Le Premier  ministre aurait tous les budgets des ministres de son gouvernement dans son ordinateur et pourrait suivre leur exécution. Le Président de la République, lui, aurait tous les budgets y compris celui de la Présidence, et pourrait suivre, au fur et à mesure de leur exécution, le niveau auquel on se trouve.


Quels sont les indicateurs qui permettent de classer la Côte d’Ivoire dans la 150e place?


En 2007, la Côte d’Ivoire est classée 150ème sur 179; en 2006, elle était 151ème sur 163, en 2005, elle était 152ème sur 159; en 2004, elle était 118ème sur 133. Les classements sont faits par l’ONG Transparency international. Elle se base principalement sur les contrats passés entre l’administration et les opérateurs privés, les  appels d’offres, le mode d’attribution des marchés, etc. C’est à partir de cela que Transparency  international détermine le niveau de corruption dans chaque pays. D’ailleurs nous espérons qu’elle viendra nous instruire puisque nous avons une journée de vulgarisation de la lutte contre la corruption dans le monde de l’économie en projet avec la Chambre de commerce et d’industrie, la Chambre d’agriculture, la Chambre des métiers.


Est-ce que le poids de la dette qui se situe annuellement entre 400 et 500 milliards n’explique pas aussi le fait que les populations ne ressentent pas véritablement l’impact, positivement parlant, de l’exécution du budget?


Je suis d’accord que la dette est très élevée. Mais il y a quand même un budget qu’on exécute. On  nous rend compte de ce que l’Etat paie pour le service de la dette. Si on nous rendait aussi compte de ce que l’Etat fait des fonds qui ne sont pas affectés au service de la dette, ce serait déjà bien. Parce que mon souci, c’est de faire en sorte que la corruption soit jugulée, que les envies et les besoins qui existent et qui conduisent à des dérapages puissent être maîtrisés.


Selon vous, l’absence de contrôle est-il l’unique problème dans la gestion aujourd’hui?


Il y en a d’autres. La procédure par exemple. Quand j’étais directeur de cabinet au ministère de l’Economie et des Finances, juste après que le Président de la République actuel a été élu, j’ai demandé à mes collaborateurs de me produire leur description des tâches. Certains n’en n’étaient pas capables. J’ai demandé à ce que chacun me dise ce qu’il fait du lundi au mardi, de 08 heures à 18 heures. La première semaine, je n’ai pas eu de réponse. J’ai tenu une autre réunion. C’est à partir de la troisième réunion qu’une ou deux personnes ont pu me produire la description de leurs tâches. Presque tous les membres du cabinet sont venus me dire qu’ils n’avaient rien à faire alors qu’ils sont là depuis deux ou trois ans. Pourquoi? Parce qu’il n’y a pas de procédure. Il n’y a pas de description des tâches.


C’est-à-dire?


Personne ne sait ce qu’il a à faire. C’est le problème réel de l’administration ivoirienne. On se rend compte que les blocages dans l’exécution du budget de l’Etat, l’inefficacité de l’administration sont le fait de la mauvaise organisation. Il y a des ministères où on est en sous effectif et d’autres, où le personnel est pléthorique. Il y a aussi des cas où des gens occupent des postes pour lesquels ils ne sont pas formés. Si bien que le travail ne peut être fait parce que cela ne relève pas de leur compétence. Quelques fois, on envoie en mission de formation des gens qui ne savent rien du ce travail en question. Ils y vont juste pour avoir des perdiems. Et quand ils reviennent, le travail continue d’être mal fait. Il y a aussi la corruption pure et dure. Des fournisseurs qui finissent leur travail, le livrent et ne sont pas payés. Parce qu’ils ne veulent pas payer les 10%, par exemple, réclamés. Il faut que dans la description des tâches, on fasse en sorte que les exécutants ne soient pas maîtres des délais d’exécution. S’il est prévu dans la procédure qu’après 07 jours, le fournisseur doit être payé, et qu’il ne l’est pas, il faut qu’il se plaigne. Cela peut contraindre les gens à l’efficacité et à éviter la corruption.


Comment y arriver?


Il faut contraindre les gens à travailler. Et, cette expertise, nous l’avons en Côte d’Ivoire.


Pour que la lutte contre la corruption puisse être efficace, premièrement, il faut une réforme de l’administration, une réorganisation du pays. Et dans la réorganisation du pays, il y a le respect des normes. Dans notre pays, on fait n’importe quoi, n’importe où, n’importe quand et n’importe comment.


Interview réalisée par


Josette Barry et


Gooré Bi Hué

Source : fratmat.info

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