Parti Ecologique Ivoirien



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ATTENTAT CONTRE L’AVION DE SORO

Depuis Paris, Doumbia Kader (Un ex- responsable des FN) : “ Soro récolte ce qu’il a semé... ”

mercredi 4 juillet 2007 par Charles TRA BI


M. Doumbia Kader, qu’avez-vous retenu de l’ex-rébellion des Forces nouvelles que vous avez désertée en 2004 ? 

Doumbia Kader : Il y a eu des choses horribles dans la rébellion. Mais, laissons le temps nous dire les conséquences et les enseignements de cette rébellion. J’étais effectivement responsable du Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (Mpci), qui deviendra plus tard Forces nouvelles (Fn). J’étais, en effet, le président du Cercle national de soutien et de défense au Mpci. Cette structure était représentée dans toutes les zones sous- contrôle des Forces nouvelles. A ce titre-là, je me suis beaucoup investi pour les Fn. C’est vous dire que je connais bien la rébellion que j’ai quittée aujourd’hui. Et je pense que la crise armée a permis aux Ivoiriens de se connaître et de voir, parmi les leaders politiques nationaux, qui peut faire quoi et qui est incapable de protéger les intérêts de notre nation. Dans cette optique, la crise armée déclenchée en Côte d’Ivoire a ouvert les yeux des Ivoiriens. Mais, dans une autre vision, cette crise-là a été mauvaise dans la mesure où il y a eu des morts, des charniers , des assassinats politiques et un enrichissement illicite des parties en conflit. Et tout sa au détriment du peuple ivoirien.

Que dites-vous de Guillaume Soro à la primature ?

D. K : Je n’ai pas de commentaire personnel à faire sur le fait que Guillaume Soro soit Premier ministre. Ce qui m’importe, vous savez, c’est que mon pays retrouve la paix.

Pensez-vous qu’avec l’accord de Ouagadougou, tout est bien parti pour que la Côte d’Ivoire sorte de la crise ? 

D. K : Un accord, tel qu’il soit, n’a de valeur que si les signataires dudit accord s’engagent, avec bonne foi, à l’appliquer. A ce stade de l’application de l’accord de Ouaga, il y a certes des avancées sur le terrain. Mais maintenant, on ne peut pas dire si oui ou non cet accord apportera la paix définitive à la Côte d’Ivoire. C’est aux signataires du compromis politique de Ouagadougou de prouver, pour une fois, et par des actes concrets, qu’ils ont le respect et l’amour pour leur pays.

Il semble que vous roulez pour Ibrahim Coulibaly, dit IB, qui continue de revendiquer la paternité de la rébellion... 

D. K : Moi Kader, rouler pour un individu ? Je roule pour une cause, pour les Ivoiriens et pour la paix dans mon pays. Vous savez, dans le conflit IB-Soro, j’ai failli perdre la vie le 13 juin 2004, à Mankono. On m’avait reproché d’avoir soutenu IB lorsqu’il avait des problèmes avec la justice française qui l’avait arrêté à Paris, le 23 août 2003, pour ‘’tentative de déstabilisation’’ du régime d’Abidjan. Pour Soro, il fallait isoler IB. Ce que je n’avais pas approuvé. Soro et ses hommes avaient estimé que j’étais contre leurs intérêts. Ils s’étaient mis à me traquer et j’ai dû fuir Bouaké, désertant donc la rébellion des Fn. Or, moi, j’avais soutenu IB parce que j’avais estimé que les Forces nouvelles n’avaient pas été solidaires de lui quand il avait des problèmes avec la justice française. Et, je jure que j’aurai réagi de la même façon, à cette même époque et avec la même détermination, si c’était Soro qui était dans la même situation que IB. La preuve, quand Soro à failli se faire lyncher par les jeunes patriotes à la Rti, à Abidjan, en 2003, c’est moi qui ai fait sortir les populations de Bouaké dans les rues pour protester contre cet acte. C’est vous dire que nous n’avions jamais pris partie pour l’un ou pour l’autre.

Aujourd’hui, quels sont vos rapports avec IB et Soro ? 

D. K : Ma dernière communication avec Soro date du 27 août 2003, après l’arrestation de IB à Paris. Depuis plus d’un an, je n’ai plus de rapport avec IB. Vous savez, en politique, il faut mener une lutte idéologique et non suivre des hommes pour les vénérer. C’est vous dire que je n’ai plus de rapports avec IB et Soro. Moi, j’ai une autre vision de la lutte. Je refuse d’être utilisé ou qu’on se serve de moi. Je veux servir une cause. Le plus important, aujourd’hui, ce ne sont pas mes rapports avec ces deux hommes. Mais plutôt que nous nous inscrivions tous dans la recherche de la paix pour une Côte d’Ivoire réconciliée.

On vous dit proche de Konate Sidiki, le porte-parole des FN. Pourquoi ?

D. K : J’ai travaillé avec le porte-parole des Forces nouvelles quand j’était encore membre du mouvement, puisque je ne le suis plus. J’avoue que Konaté Sidiki est une personne qui aime le travail et pour qui j’ai beaucoup de respect.

La paire Gbagbo-Soro peut-elle mettre fin à la crise ? 

K. D : Gbagbo et Soro ne peuvent nous ramer la paix que si et seulement si les deux hommes respectent l’accord qu’ils ont librement signé à Ouagadougou.

Tout le processus de paix a failli basculer avec l’attentat contre l’avion qui transportait Soro à Bouaké. Quel commentaire faites-vous de ce drame qui a fait quatre morts ? 

D. K : D’abord, je dois vous avouer que c’est avec consternation que j’ai appris cette horrible nouvelle. Des Ivoiriens ont encore perdu la vie. C’est vraiment déplorable. Mais, vous savez, dans la vie, on ne récolte que ce que l’on a semé. Pour asseoir son pouvoir dans la gestion de la rébellion, Soro a bâti sa politique sur la trahison, les faux complots et les assassinats. Aujourd’hui, c’est cette même politique qui le rattrape. Donc, il ne doit être surpris, c’était plus ou moins prévisible.

Qu’est ce qui, selon vous, peut être à l’origine de cet attentat ? 

D. K : Seul Soro peut répondre à cette question dans la mesure où l’attaque a eu lieu dans sa propre zone. A mon sens, certainement, il a du encore trahi ses compagnons et ceux qui l’on aidé à contrôler la rébellion.

Faut-il craindre une reprise des hostilités entre ex-rebelles à Bouaké ? 

D. K : Moi, j’ai une crainte parce qu’il s’agit d’une rébellion. Mais, je souhaite que nous arrivions le plutôt à la paix, car, le nord a déjà trop payé dans cette guerre-là et sur tous les plans. Je vous invite à aller regarder les routes, le pays en général et le nord en particulier a d’énormes difficultés. Il faut aller à la paix le plus rapidement possible.

Comment expliquez-vous les dissidences qui secouent, ces derniers mois, les partis de l’opposition en Côte d’Ivoire ? 

K. D : La crise ivoirienne a été un mal nécessaire, parce qu’elle a permis aux Ivoiriens d’aimer leur pays et de savoir qui, exactement, peut protéger notre nation commune. Il faut dire que l’opposition ivoirienne ne sait pas ce qu’elle veut. Les opposants ivoiriens font la promotion de la politique alimentaire au détriment des problèmes réels de la société ivoirienne. Et c’est regrettable.

Au Rdr, notamment, de gros calibres ont claqué la porte... 

D. K : Vous voulez parler des Zémogo, Bechio, Ali Kéita, Kouamé Oi Kouamé etc... La raison de leur départ est simple. C’est que le Rdr et M. Ouattara n’ont fait que comptabiliser des erreurs politiques graves et inacceptables. En 2000, après le rejet de la candidature de M. Ouattara par la junte militaire du général Guié, le Rdr était resté inactif et ses responsables s’étaient terrés chez eux. Et après les élections présidentielles remportées par M. Gbagbo dans des conditions qu’on sait, les dirigeants du Rdr avaient réclamé le trophée. Est-ce qu’on peut réclamer le trophée d’une finale de foot-ball sans être parmi les finalistes ? Je pense tout simplement que la direction du Rdr avait simplement sacrifié ses militants et sympathisants. En 2001, c’est avec surprise que le Rdr, parti qui avait dénoncé, haut et fort, l’illégitimité du pouvoir Fpi après les élections de 2000, avait finalement accepté d’occuper des postes ministériels au sein du gouvernement de Gbagbo. Le Rdr venait,là, de légitimer Gbagbo, oubliant les nombreux morts qu’il a sacrifiés en octobre 2000. En 2003, le Rdr et son président Alassane Ouattara ont activement contribué à la déchirure des Forces nouvelles. Ce qui avait occasionné beaucoup des charniers. Lors du dernier voyage de M. Ouattara au Gabon, j’aurai appris qu’il a offert 1000 Km de bitume au président Bongo. Je souhaite que cette information soit fausse. Sinon, j’inviterais les Ivoiriens à visiter le nord de la Côte d’Ivoire, surtout la route qui mène à la ville de Kong ou Odienné. Pour moi, M. Ouattara n’a pas réussi à unir, ni les enfants du nord, ni les cadres de son parti, autour d’un idéal commun. Donc, il ne peut pas unir tous les Ivoiriens. Pourtant, la stabilité de notre pays en dépend. En claquant la porte au Rdr, Zemogo et ses camarades ont posé un acte courageux en relevant qu’ils se sont battus pour une cause noble aux côtés d’une personne qui veut régner en chef absolu et qui pense que c’est lui qui doit décider du destin politique des autres enfants du nord. Moi, je dis non à M. Ouattara. Il est important de savoir qu il existe des deals dans la vie, surtout en politique. Mais quand ces deals sont basés sur le mensonge, l’exclusion, les faux complots et le calcul des intérêts personnels au détriment de l’intérêt national, ils finissent toujours par des trahisons minables.

A quand votre retour en Côte d’Ivoire où, semble-t-il, vous voulez briguer un poste électif ? 

D. K : Si Dieu le veut, mon retour en Côte d’Ivoire ne va pas tarder. Il est mieux d’être dans son pays que d’être à l’extérieur. Vous savez, après la guerre, on aura une Côte d’Ivoire forte et apaisée. Donc, il sera important pour tous les Ivoiriens de l’extérieur de venir investir pour le développement de leur pays. Prions tous pour que notre pays retrouve la paix et que l’élection présidentielle prochaine se passe dans de bonnes conditions. En ce qui concerne ma candidature aux autres élections, il s’agira, pour moi, d’apporter un plus au développement de ma région et donc de mon pays. Mais pour l’heure, rien n’est encore définitif. Ramenons d’abord la paix dans le pays et le reste suivra.


Source : soirinfo.com

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