Le parti Ecologique Ivoirien


01 AOÜT, 2007



De l’ex-chef rebelle à l’homme d’Etat
Comment Soro a transformé l’essai

Le Front-1/8/2007

Le 30 juillet dernier, lors de la cérémonie de « la flamme de la paix » qui s’est tenue à Bouaké, le Premier ministre Guillaume Soro s’est présenté comme un homme de paix résolument déterminé à réussir sa mission. C’est une image qui contraste avec celle de l’ex-chef rebelle qu’il a été.

« J’offre aux Ivoiriens ma détermination, mon engagement. J’irai jusqu’au bout de la paix de façon acharnée », a déclaré le Premier ministre Guillaume Soro le 30 juillet dernier à l’occasion du « bûcher de la paix » qui a été allumé par le Président Laurent Gbagbo. A la vérité, ce sont des paroles surprenantes dans la bouche de celui qui a conduit la rébellion qui a éclaté dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002. Connu alors sous le pseudonyme de Dr Kumba, il coordonnait les actions de ses troupes qui se sont repliées sur le Centre et le Nord après avoir échoué à prendre Abidjan. L’ex-leader de la Fesci qui était déjà célèbre pour avoir tenu tête au régime Bédié, a su trouver dans l’ex-rébellion une place toute désignée de meneur d’hommes. Fort de son autorité, il mènera la bataille de l’opinion parallèlement au combat que livraient ses troupes qui, pied à pied, se disputaient avec les soldats loyalistes certaines localités du territoire national. Guillaume Soro sur le terrain diplomatique, ses hommes sur le théâtre des opérations militaires, l’ex-rébellion s’est peu à peu imposée à tous. Surtout à la communauté internationale qui semblait avoir une sorte d’a priori favorable pour elle. Des négociations de Lomé à la table-ronde de Linas-Marcoussis qui leur conféra une existence quasi-légale, les ex-rebelles ont fait le tour des capitales africaines. Leur leader Guillaume Soro en a acquis une aura et une reconnaissance internationales. C’est ce leadership qui a sans doute conduit Laurent Gbagbo à lui proposer le dialogue direct. C’était le 19 décembre 2006 en réaction au vote de la Résolution 1721 et en réponse aux propositions de ses partisans qu’il avait mobilisés pour des consultations populaires. Le dialogue direct qui, en soi, est un coup de génie de Laurent Gbagbo s’est conclu par l’Accord politique de Ouagadougou qui a conduit Guillaume Soro à la primature en remplacement de Charles Konan Banny. La complexité de la tâche On s’est alors trouvé dans une situation totalement inattendue dans laquelle l’ex-chef rebelle s’est retrouvé à la primature. La question que chacun s’est posé, va de soi : Soro pourra-t-il faire le poids face à un Gbagbo qui a éreinté la communauté internationale et usé déjà deux Premiers ministres ? De plus, comment deux hommes qui ont été durement et durablement opposés par la guerre, pourront- ils ravaler leurs rancoeurs et réciproques ressentiments pour faire la paix et aller à la paix dans la confiance retrouvée ? Comment Guillaume Soro qui est apparu comme l’opposant le plus irréductible au régime Gbagbo pourra-t-il devenir le partenaire le plus déterminé du chef de l’Etat pour le retour de la paix ? Ce sont autant de questions qui montrent la complexité de la tâche du nouveau Premier ministre. S’il fut un ex- chef rebelle intraitable, aura- t-il le même engagement dans la conduite du processus de paix ? Mais il a lui même déjà répondu à cette question : autant il a été déterminé et acharné à faire la guerre, autant il sera déterminé et acharné pour la paix, a-t-il rassuré. Il y a une fin à toute chose. Et depuis qu’il est à la primature, les faits semblent corroborer ses professions de foi. Pour ceux qui douteraient encore de son engagement, est–il besoin de rappeler les événements du 29 juin dernier ? Alors qu’il venait d’échapper à un attentat dans lequel ont péri quatre de ses plus proches collaborateurs, il a maintenu la cérémonie d’installation des magistrats chargés de valider les audiences foraines. Lorsqu’on sait que c’est cette cérémonie qui a occasionné sa présence à Bouaké ce jour-là, on comprend mieux le sens de la décision du chef du gouvernement ivoirien de maintenir la cérémonie. C’est un message clair et sans ambiguïté à ceux qui ont attenté à sa vie : rien, ni personne ne le détournera de sa mission .C’est sans doute ce jour-là que chacun a compris que la détermination de Guillaume Soro est totale et, surtout, irréversible. Ainsi, lorsqu’il a affirmé lors de la cérémonie de « la flamme de la paix » que « nul n’a le droit de ramer à contre-courant du processus de paix », il est clair que ce n’étaient pas des paroles en l’air. Désormais, le « faiseur de guerre » a laissé la place au « faiseur de paix ». Et, comme il l’a déclaré, après le temps de la prise des armes, le temps du dépôt des armes est venu et, avec lui, le temps de la paix. Il peut donc le dire haut et fort : « Aujourd’hui, j’affirme notre désir profond et sincère de faire la paix, la vraie paix ». Sa volonté de paix est donc inébranlable et à toute épreuve. Peut-on encore douter de sa capacité à mener à bien et à terme la mission à lui dévolue par l’Apo ? De toute évidence, l’ex-chef rebelle semble avoir transformé l’essai. Lentement mais avec une assurance et une volonté qui se renforcent avec le temps, l’ex-docteur Kumba s’est transformé en un homme d’Etat appelé à co-gérer le pouvoir avec celui qu’il a combattu hier. Il est en passe de réussir sa métamorphose. Mais il est dans une situation pour le moins délicate. Alors qu’il apparaît comme l’opposant le plus crédible à Laurent Gbagbo, il est en même-temps devenu son partenaire pour le processus de paix. Peut-il à la fois le combattre et collaborer avec lui ? A l’évidence, c’est à une véritable gageure qu’est confronté le secrétaire général des Forces nouvelles. Mais, il semble, chaque jour, trouver ses marques face à « l’ogre » Gbagbo. Ce n’est pas le moindre des mérites du Premier ministre Guillaume Soro.

 Honoré Sépé


Source : news.abidjan.net/presse/lefront.htm



Les Verts D'Europe        Le logo des Verts Mondiaux         Le logo des verts de France          FéPEV-RAO



Reproduction interdite du site

haut de page haut de page