Le Parti Ecologique Ivoirien



Cote d`Ivoire : La rumeur ne doit pas occulter les enlèvements d`enfants





vendredi 31 octobre 2008 - Par news.abidjan.net
 


IPS - Anne-Marie N`Guessan, 10 ans, élève dans une école primaire d`Abobo, au nord-est d`Abidjan, la capitale économique ivoirienne, a échappé de justesse à une tentative d`enlèvement, le 23 octobre dernier, grâce à ses cris qui ont dissuadé ses ravisseurs qui l`ont finalement abandonnée.

"J`allais à l`école ce jeudi matin (le 23 octobre), lorsque des individus à bord d`une voiture ont marqué un arrêt à mon niveau. L`un des ravisseurs a subitement ouvert la portière avant de me soulever de vitesse et me jeter à bord. Il faisait sombre à l`intérieur", a déclaré Anne-Marie plus tard.

"Ils ont tenté de me couvrir la tête avec un sac avant de donner un coup à la nuque. Mais cela n`a pas permis de me maîtriser. C`est à la suite de mes cris que j`ai été projetée de la voiture pendant que celle-ci marquait à peine un temps d`arrêt", a-t-elle ajouté.

Le côté gauche du corps de la fillette reste encore marqué par de larges plaies. Elle a été recueillie par des gens qui l`ont conduite à l`hôpital d`Abobo, où `Roxal`, une organisation non gouvernementale (ONG) alertée, est allée lui apporter assistance. L`ONG Roxal est basée à Abidjan.

Cet enlèvement manqué a constitué l`une des premières alertes aux rapts des enfants dans en Côte d`Ivoire depuis quelque temps.

Selon Roxal, deux à trois enlèvements sont enregistrés par jour par cette organisation. "Cela nous donne entre 60 et 90 enlèvements d`enfants par mois", affirme à IPS, son président, Evrard Maïga, indiquant que ce chiffre n`est pas officiel. "Si tous les parents avaient les moyens financiers pour se rendre à la télévision nationale lancer des avis de recherches où entrer en contact avec les ONG, nul doute que ce chiffre allait connaître une hausse, car les enlèvements sont quotidiens".

En effet, la télévision nationale diffuse des communiqués, chaque jour à la mi-journée, pour lancer un appel à retrouver des personnes disparues. Le plus souvent, ce sont des enfants de cinq et 13 ans.

Mariam Kéïta, 12 ans, a été enlevée en juin dernier au cours d`un mariage à Adjamé (centre d`Abidjan) auquel elle participait avec ses parents, et elle s`est retrouvée à Duékoué, dans l`ouest de ce pays d`Afrique de l`ouest.

"Nous étions quatre filles dans une voiture. Les ravisseurs nous ont conduites à une destination inconnue. Après, nous nous sommes retrouvées dans une pièce pour coucher avec un homme", relate Kéïta. "Sans la moindre assistance, j`ai été abandonnée par la suite, la nuit à Duékoué. Les autres ont été amenées vers une autre destination".

Jusqu`à présent, les ONG disent n`avoir aucune information sur les trois autres filles, mais restent dans l`espoir de les retrouver saines et sauves un jour afin qu`elles fassent un témoignage. Mariam, elle, a été conduite, à sa demande, à Abidjan où elle a regagné la famille, mais elle est toujours assistée par des ONG.

Mais, quelques mois plus tôt, le 17 avril, l`enlèvement d`un petit garçon lui a été fatal car il a été abandonné par ses ravisseurs, mais avec des yeux détruits qui l`on rendu aveugle malgré des soins et l`assistance de l`ONG de Maïga.

"Ce matin-là, je suis allé avec mes amis à la plage de Vridi (sud d`Abidjan) pour me promener. Sur le chemin du retour à la maison, un inconnu m`a proposé de le suivre, mais j`ai refusé; alors, j`ai été enlevé et amené à une destination inconnue", raconte à IPS, Roxal Kouakou, âgé de 11 ans.

"Quelque temps après, je ne savais plus ce qui se passait avec mes ravisseurs, car j`avais perdu connaissance. A mon réveil, tout était noir. Mes yeux avaient été arrachés, me laissant sans la vue. J`avais mal et j`étais seul", ajoute Kouakou qui déclare avoir été recueilli par un passant.

Avec des lunettes noires au visage pour cacher son handicap, Kouakou réside chez Maïga qui, ému par le drame de l`enfant, a décidé de donner son prénom `Roxal` à son ONG qui lutte contre les enlèvements d`enfants.

"Le fait est réel, mais banalisé", déplore Maïga. "Aujourd`hui, les enlèvements d`enfants sont à une échelle importante qui ne doit plus laisser quiconque indifférent", dit-il à IPS.

Pour Maïga, ce phénomène est lié à plusieurs facteurs. "Il y a d`abord un réseau de trafic d`organes humains, qui se met discrètement en place dans notre pays. Puis, le trafic des enfants pour le travail dans les plantations et pour une exploitation sexuelle, sans oublier ce qui semble être évident : les sacrifices humains".

"Il convient d`évaluer réellement la situation de ces enlèvements et leur contexte", suggère Mathurien Dagbé, un sociologue basé à Abidjan. "Je souhaite que ce phénomène ne soit pas pris à la légère. Le fait existe et le nier ou le mettre sur le compte de la simple rumeur constituerait une grave erreur", souligne-t-il à IPS.

La semaine dernière, la nouvelle de l`enlèvement manqué de Anne-Marie avait provoqué la panique au sein de la population. Elle avait été qualifiée de "rumeur" par la police, et deux personnes ont été lynchées à mort dans des manifestations populaires provoquées à Abidjan par cette information.

En visite à l`intérieur du pays, le chef de l`Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, l`a également inscrite sous le signe de la rumeur. "On dit qu`on enlève des enfants et ensuite on va les tuer. Abidjan a été paralysée. Toutes les écoles ont été fermées. Evidemment, rien de tout ça n`était vrai. On n`a enlevé aucun enfant", a-t-il affirmé.

Pour Gnagbo, cette "rumeur" serait liée aux élections qui doivent se tenir dans le pays. "...Convenez avec moi que cette situation de panique n`est pas faite pour que la Côte d`Ivoire aille sereinement aux élections. Or nous devons aller aux élections et nous irons aux élections. Que les bandits passent à gauche, à droite où au centre, nous irons aux élections...", a-t-il déclaré à Bouna, dans le nord-est du pays.

"Nous sommes désormais face à une situation à double face", estime le sociologue Dagbé. "Ou les événements de la semaine dernière, même s`ils ne sont pas avérés, attirent l`attention de tous pour que des mesures soient prises afin de lutter contre les enlèvements d`enfants...", commente-t-il. "Ou alors, le phénomène est définitivement banalisé. A ce moment, tous les enfants courent de gros risques, car aucune disparition ne sera désormais prise au sérieux".

Pour Dagbé, le sort réservé aux enfants enlevés n`est pas obligatoirement l`amputation des organes génitaux. "Mais il faut savoir que les enfants sont aussi volés pour être soumis à la pédophilie, à la sodomie, aux travaux dans les plantations", explique-t-il. "La rumeur ne doit pas occulter le phénomène, le trafic d`enfants commence aussi par-là".

Hervé Gouamené, président de l`ONG Action pour la protection des droits de l`Homme, basée à Abidjan, se dit conscient de l`existence du phénomène. Mais, "il ne faudrait pas amplifier les choses avec des rumeurs", prévient-il. "C`est à la police de faire son travail et non aux populations de se faire justice en tuant".

Mais, à la police, on se refuse à tout commentaire.


Fulgence Zamblé

Source : news.abidjan.net

Les Verts D'Europe  verts au parlement europeen       Le logo des verts de France  Ecolo   FéPEV-RAO     

Reproduction interdite du site

haut de page haut de page