Le Parti Ecologique Ivoirien



Déclaration du Gouvernement suivie d’un débat 
sur la situation à Gaza  Intervention d’Alima Boumediene-Thiery  
Sénatrice (Les Verts)


 jeudi 15 janvier 2009 -par Alima Boumediene-Thiery


« Monsieur le Président, Monsieur le Ministre,  Chers collègues,

Tout d’abord, je souhaite exprimer, de manière solennelle, mon empathie pour les populations d’Israël et de Palestine, qui souffrent depuis plusieurs années, d’une escalade de violences, particulièrement ces derniers mois.

Comme l’a écrit le journaliste israëlien URI AVNERY : « au début, tous les médias occidentaux ont répété la ligne de propagande officielle israélienne, et n’ont fait aucune mention des manifestations quotidiennes du camp de la paix israélien, comme ils ignorent les faits historiques. »

 

Mais nous le savons,

Depuis 60 ans le peuple palestinien se voit spolié de ses terres et se retrouve réfugié dans son propre pays.

Depuis 42 ans, les colonies se multiplient et l’occupation militaire se développe au mépris des frontières tracées par l’ONU. La construction d’un mur illégal transforme la Palestine occupée en prison à ciel ouvert et prive les palestiniens de leurs droits les plus élémentaires.

Depuis 19 mois, Gaza suffoque en raison d’un blocus qui affame un million et demi d’habitants dont des milliers de femmes, d’enfants et de vieillards, sans vivres, sans eau potable, sans électricité, sans médicament, recréant ainsi les ghettos que l’on croyait disparus à jamais !

L’agression armée de Gaza par Israël, du 27 décembre 2008, est venue donner à cette triste situation, une tonalité macabre, dont nous avons tous conscience.

Personne ne peut rester insensible à cette tragédie : 1000 morts, des milliers de blessés privés de soins…

Il y a urgence ! Ne nous laissons pas enfermer dans un débat stérile afin de savoir qui a rompu la trêve, et refusons tous les amalgames qui voudraient nous faire croire que nous sommes dans une guerre de religions.

Nous l’affirmons avec force et vigueur, il s’agit d’une guerre coloniale à laquelle nous devons mettre fin immédiatement !

Nous ne pourrons pas dire que nous ne le savions pas !

Même si tout est fait pour censurer le droit à l’information en interdisant l’accès de Gaza aux journalistes internationaux, il n’en demeure pas moins que, quotidiennement devant nos yeux, des violences inouïes sont perpétrées, dans l’immobilisme le plus total de la part de la communauté internationale et le silence des pouvoirs politiques, en Europe comme en France.

Sortons des discours incantatoires, consistant à compter les morts et à déplorer les pertes, au mieux à condamner la guerre, et à appeler la paix, de nos vœux…

Prenons nos responsabilités en tant qu’élus français et européens : la paix ne se décrète pas mais elle se construit !

Il faut en finir avec cette politique de l’autruche, politique hypocrite qui cherche l’équilibre là où, depuis des années, il n’y a qu’asymétrie et disproportion.

Nous avons, d’un côté un peuple qui résiste à l’occupant, comme le lui permet le droit international et avec les moyens dont il dispose, et de l’autre côté, un Etat qui terrorise une population avec une des plus puissantes armée au monde …

Alors Chers collègues,

Arrêtons de renvoyer dos à dos : agressés et agresseurs, occupés et occupants, colonisés et colonisateurs,…

C’est un déni de réalité qui nous est interdit.

Mais nous ne pouvons pas ré-écrire l’histoire, elle s’impose à nous, et nous devons l’assumer si nous voulons construire l’avenir dans une paix juste et durable.

Aujourd’hui nous devons nous placer sur le terrain du droit et de la justice.

Il faut agir, et mettre en œuvre des instruments juridiques contraignants, existant ou à créer,  permettant au peuple palestinien de vivre en paix dans le cadre de ses frontières définies en 67 par l’ONU.

L’impunité d’Israël doit cesser. Toutes les résolutions des Nations Unies et les principes du Droit International doivent s’appliquer sous peine de sanctions.

Ainsi, seule une solution juridique contraignante peut mettre un terme aux exactions israéliennes à Gaza.

Le  droit international et européen offre une palette de mesures, dont presque aucune, à ce jour, n’a pourtant été utilisée.

 

La première de ces mesures consisterait à faire constater, par la Cour pénale internationale, le caractère particulièrement grave des violations, par Israël, 
de ses engagements conventionnels, notamment de la IVe Convention de Genève relative à la protection des populations civiles en temps de guerre.
N’oublions pas qu’Israël est, au regard du droit international, une puissance occupante. 
A ce titre, Israël doit protéger les populations civiles et les biens non militaires. Toute attaque ciblée d’une population ou de biens civils doit être regardé,
 purement et simplement, comme un crime de guerre justifiant des poursuites par les juridictions internationales.
Sur ce terrain, la mise en œuvre de telles poursuites relève de la responsabilité de tous les Etats parties aux Conventions de Genève, y compris  de la France,
qui est tenue de respecter et de faire respecter le droit humanitaire.
Le Président Nicolas Sarkozy recevra d’ailleurs, bientôt, une demande de saisine de la Cour pénale internationale, rédigée par d’éminents juristes, qui sera 
également transmise, prochainement, au procureur de la CPI.
La seconde mesure envisageable consiste à mettre en œuvre, sur le fondement des Chapitres 6 et 7 de la Charte des Nations-Unies, l’adoption d’une 
résolution contraignante visant à obliger Israël à mettre un terme à son agression.
L’agression armée menée par Israël ne peut pas être regardée comme une simple mesure de représailles. Aucune raison ne justifie, ni ne permet à une 
armée de s’en prendre à des civils ou à des biens non militaires. 
Le droit à la légitime défense ne saurait permettre à un Etat de répondre de manière disproportionnée, et encore moins d’utiliser des bombes au phosphore
 blanc, prohibées par la convention de Genève de 1980, ou des bombes à fragmentations causant sur les populations de très graves dommages.
Nous sommes face à une situation qui constitue un crime contre la Paix, portant atteinte à la sécurité internationale, que la communauté des Etats doit 
non seulement constater et condamner, mais également sanctionner par des moyens contraignants. La France, dans ce domaine, peut jouer un rôle décisif
et a une responsabilité historique.
Monsieur le Ministre, 
Vous exercez actuellement la présidence du Conseil de Sécurité des Nations Unies, il vous appartient de négocier la levée du blocus de Gaza, l’arrêt 
immédiat des hostilités par le retrait des troupes israéliennes et des sanctions contre Israël !
Ce n’est qu’à ce prix que la légalité internationale sera rétablie et respectée.

La troisième mesure envisageable se situe au niveau européen.

Permettez-moi de vous rappeler qu’Israël s'est engagé, dans le cadre de l'accord d'association avec l'Union européenne, signé le 20 novembre 1995 et renouvelé en 2002, au "respect des droits humains et des principes démocratiques" stipulé dans l’article 2 de ces accords. 

Conformément à cette clause, et en raison du non respect de cet engagement, le Parlement européen avait voté le 10 avril 2002, la suspension de l'accord d'association UE-Israël.

 

Dans ce contexte, et au mépris du vote du Parlement Européen, il est absolument intolérable que le Conseil des ministres de l’Union européenne ait décidé, 
selon la volonté même de la France, d’accélérer le processus de rehaussement des relations de l’Union européenne avec Israël, dans le cadre de la politique
européenne de voisinage.
 
Monsieur le Ministre, 
Vous avez, avec vos collègues européens, choisi le pire moment qui soit, pour impulser cette initiative. 
Aujourd’hui, consciente de l’ampleur des événements qui se déroulent sous nos yeux, la Commission Européenne a décidé d’une « pause dans 
le rehaussement », mais est-ce suffisant pour rappeler à Israël ses engagements internationaux ?
Vous devez prendre en considération le massacre de la population de Gaza, pour geler, purement et simplement, ce processus, jusqu’à l’arrêt de cette 
agression, le retrait des troupes militaires et la levée du siège de Gaza.


Il faut aujourd’hui réactiver cette clause et procéder à la suspension de l'accord d'association UE-Israël, ainsi que de tous les accords, notamment économiques et commerciaux, ou de partenariat scientifique et technologique, liant Israël aux puissances démocratiques soucieuses du respect effectif des droits humains.

Enfin, la France doit clarifier la nature des relations qu’elle entretient avec l’Etat d’Israël.

La France n’a-t-elle pas contribué à la construction du Tramway de la honte, appelé aussi le Tramway de l’apartheid qui servira les colons à Jérusalem, territoire annexé illégalement ?

La France doit cesser, par marchés interposés, de contribuer à toute coopération militaire avec Israël.

Je vous rappelle qu’en Juin 2004, votre ministère et le ministère de la Défense ont annoncé la conclusion de contrats militaires entre la France et Israël, mettant ainsi un terme au boycott des armes à destination d’Israël décrété par le Général De Gaulle.

Aujourd’hui la société EADS, associée aux sociétés Dassault et Thalès, travaillent avec Israël Air Craft industries et collaborent dans la fabrication de drones qui survolent quotidiennement le territoire palestinien.

 

Monsieur le Ministre,

Un Etat qui collabore sur des programmes militaires de centaines de millions de dollars peut-il rester neutre à l’égard des agissements militaires d’Israël ?

N’a-t-il pas accepté des concessions politiques à l’égard du comportement d’Israël ?

Sortez de cette schizophrénie qui consiste à condamner les violences, à déclarer que vous souhaitez la paix tout en procédant à des transferts de technologies vers Israël, mêlant affaires, technologies et politiques !

Les Français sont en droit de savoir quelle est la nature de ces accords et si des technologies françaises sont utilisées par l’armée israélienne dans ses crimes de guerre contre la population palestinienne !

De nouveau, nous devons suspendre ces transferts technologiques qui contribuent à l’effort de guerre d’Israël et impliquent indirectement la France dans des exactions inacceptables…

Depuis toujours, les Verts luttent contre les fabricants et vendeurs d’armes, quelles que soient leurs formes, et la France dans ce domaine doit prendre ses responsabilités.

La France porte également une responsabilité, en raison des liens étroits de la filière nucléaire civile et la filière nucléaire militaire, et de sa propension à vendre aux pays sous tension des unités de production.

Le spectre de la réaction nucléaire existe sur toute la région du Moyen Orient, si l’ONU et l’Union Européenne ne se donnent pas les moyens d’enrayer immédiatement cette guerre et de protéger le peuple palestinien.

En tant que Présidente du Conseil de Sécurité, nous exigeons de la France, quelle envoie des troupes de protection de la population palestinienne, à l’image de la FINUL au Sud Liban, ne serait-ce que comme force internationale d’intimidation…

Enfin, pour conclure,

Je réaffirme que nous avons la responsabilité de mettre en œuvre toutes les conditions du retour à la table des négociations pour construire la paix,

Mais n’oublions pas qu’il n’y aura pas de paix durable sans justice,

Pour ces raisons, nous devons agir dans le cadre du respect du droit international et de l’application de toutes les résolutions de l’ONU qui exigent un Etat Palestinien viable, aux frontières de 67, avec Jérusalem Est comme capitale,  et qui impose la fin de l’occupation militaire et le retrait des colonies.

 

Je vous remercie »

Source : alima.boumediene@laposte.net

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