Le Parti Ecologique Ivoirien



Démocraties dictatoriales


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lundi 11 janvier 2010 - Par linter-ci.com


Vous connaissez Mswati III ? Il est le roi du Swaziland, un des pays les plus pauvres d’Afrique, qui est totalement enclavé dans l’Afrique du sud. C’est aussi l’un des pays les plus touchés par la pandémie du sida. Il n’empêche que chaque année le bon roi Mswati III épouse une nouvelle femme. Il doit en être à sa quatorzième ou quinzième femme. Il est aussi célèbre pour ses dépenses fastueuses. Il ne se refuse rien et ne refuse rien à ses charmantes femmes à qui il a construit de grands palais et à qui il offre des voitures de grand luxe. Lui-même s’est offert il y a quelques années une Mercedes Maybach, qui est l’une des voitures les plus chères au monde, il fête chaque année son anniversaire à coût de millions de dollars, et se ballade dans le monde entier avec une suite de plusieurs dizaines de personnes. Dans son pays, il est le seul maître après Dieu. Il dispose des ressources de son pays comme il l’entend, et il n’y a personne pour s’opposer à ses désirs. Il n’y a ni parlement, ni partis politiques. La particularité de ce roi est que son pouvoir est absolu. L’Etat, c’est lui. Il en est le propriétaire et en fait ce qu’il veut. C’est à peu près ce que l’on voit dans la plupart des pays d’Afrique, sauf qu’ils se proclament tous des républiques démocratiques. La différence entre Mswati III et les autres chefs d’Etat africains est que chez lui, c’est proclamé franchement que c’est un royaume qui appartient à un roi. Ce genre de régime a toujours existé sous toutes les latitudes. C’est un roi de France qui avait déclaré « l’Etat, c’est moi. » C’était à l’époque où les souverains étaient de droit divin. On appelait ce genre de régime des dictatures. Les choses ont cependant évolué et, après une série de révolutions, les pays d’Europe ont adopté le système démocratique qui s’exerce à travers des élus, et qui veille à ce que ce pouvoir soit équilibré entre un exécutif, un législateur et une justice plus ou moins indépendante. Il n’empêche cependant qu’au cours du siècle dernier, on a assisté à des retours en arrière avec des régimes comme le fascisme, le stalinisme ou le nazisme. Mais passé cette période, en Europe de l’ouest tout au moins, tout le monde adopta des systèmes où les pouvoirs n’étaient plus concentrés entre les mains d’une seule personne. C’est le système adopté par les Etats-Unis depuis sa naissance, et plus tard par le Japon, la Corée du Sud et la plupart des puissantes émergentes. Les pays d’Europe de l’est ont longuement résisté, mais ont fini par s’y mettre, souvent après des guerres effroyables comme en ex-Yougoslavie. En Afrique, jusque dans les années 90, presque tous les pays vivaient sous le régime du parti unique ou sous la férule de militaires ayant pris le pouvoir par la force. Et ces pays avaient presque tous failli. Il y eut le vent d’est venu de l’ex-URSS, qui souffla sur toutes les dictatures en 1990. Certaines furent balayées, d’autres courbèrent l’échine mais ne plièrent pas, et d’autres s’adaptèrent. Dans les pays francophones, on changea les Constitutions, on adopta le multipartisme et l’on parla de démocratisation. Vous avez dit démocratie ? Très peu le furent en réalité. Dans toutes ces nouvelles démocraties, à quelques rares exceptions près, on confia tous les pouvoirs au chef de l’Etat, les parlements ne servant que de chambres d’enregistrement. Et on fit d’eux des Mswati III. L’exemple le plus frappant est sans doute celui de la Côte d’Ivoire à l’heure actuelle. Le parlement ne sert absolument à rien, ne vote aucune loi et même le budget est adopté par le seul pouvoir exécutif qui a tous les pouvoirs et en fait ce qu’il veut. On adopta presque partout des Constitutions et des codes électoraux taillés sur mesure pour conserver le pouvoir indéfiniment, et le cycle des coups d’Etat, ou même de rébellions armées recommença. Il y en a eu en Mauritanie, en Guinée Bissau, en Sierra Leone, au Liberia, au Niger, au Nigeria, dans les deux Congo, au Rwanda, au Burundi, en Ouganda, au Soudan. Là où il n’y a pas eu de coup d’Etat ou de rébellion, il est très rare que les résultats des élections aient été acceptés sans que le sang ne coule auparavant. Je crois que la raison principale vient de ce que tous les pouvoirs, surtout toutes les finances du pays et toutes les règles du jeu étant entre les mains de celui qui est au pouvoir, les autres qui aspirent à ce pouvoir se disent qu’il leur est impossible d’y accéder eux aussi par la voix des urnes. Je crois que c’est la raison fondamentale du coup d’Etat de décembre 1999. Les adversaires de Bédié s’étaient dit qu’ils n’auraient aucune chance de gagner les élections de 2000, dans les conditions qui étaient celles d’alors. En réécrivant la Constitution en 2000, nous n’avions pas eu la sagesse de réduire les pouvoirs de l’exécutif et de renforcer celui du parlement. Nous avons reconduit exactement les mêmes dispositions qu’auparavant, obnubilés que nous étions alors par le seul article 35. Le résultat est qu’à peine installé, le nouveau chef de l’Etat a augmenté ses fonds de souveraineté, distribué l’argent à ses ministres et laissé tous ses proches s’enrichir sans vergogne. Les représentants du peuple que sont les députés, n’ayant aucun pouvoir, n’ont pu que laisser les choses se faire. Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, d’autres personnes qui visaient elles aussi le pouvoir se sont dit en 2002 que la seule façon de l’avoir était de faire comme ceux qui l’avaient enlevé à Bédié. On a vu où cela nous a conduit. Nous sommes en 2010 et nous aurons peut-être l’occasion cette année de changer démocratiquement de pouvoir. Après cela, allons-nous continuer à fabriquer des Mswati III, c’est-à-dire des rois absolus et dire que nous sommes en démocratie ? Nous laisserons-nous enfin visiter par la sagesse afin de comprendre que si nous voulons bâtir de vraies démocraties capables de faire évoluer notre pays, comme cela a été le cas pour les pays qui avancent, nous devons rompre définitivement avec les dictatures revêtues du masque de la démocratie ? Il serait vraiment temps que les intellectuels de ce pays se réveillent enfin !

Venance Konan email : venancekonan@yahoo.fr




Source : linter-ci.com

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